Foire aux «Zines»
17 novembre 2015 - Image par Salomé Grouard
Expozine 2015, une foire aux fanzines haute en couleurs.

– «Salut ma belle! Est-ce que je peux te payer un fanzine?»
– «Non merci, c’est correct. Je peux me procurer mes propres fanzines!»

On retrouve ce dialogue extravagant entre un homme à bord d’un vaisseau spatial et une jeune extraterrestre sur l’affiche placardée sur la porte menant au sous-sol de l’Église Saint-Enfant-Jésus du Mile au coin des boulevards Saint-Laurent et Saint-Joseph.

Par ce samedi glacial, premier des deux jours du salon Expozine 2015, on s’engouffre dans un couloir menant à une salle communautaire remplie d’exposants, d’artistes et de centaines de visiteurs.

Ce salon fait la promotion d’artistes et de publieurs indépendants de Montréal. Pendant ces deux jours, le «zine» est à l’honneur. Le fanzine, ou tout simplement zine, est une publication imprimée périodique ou non, institutionnellement indépendante.

Menu éclaté et varié

Attablés sont une centaine d’exposants qui révèlent leurs créations: des affiches, des magazines, des livres et beaucoup de fanzines. Il y a une cafétéria servant de la nourriture à un prix fort abordable, une salle de lecture et d’exposition et des toilettes pour tous «gender neutral». Il y a beaucoup de jeunes et de moins jeunes, plusieurs exposants tiennent des bébés dans leurs bras et on peut rencontrer un grand husky qui visite lui aussi la foire aux fanzines.

Sebastian, du «Swimmer’s Group», publieur indépendant de bande dessinée et d’œuvres d’art raconte comment il a fondé sa maison d’édition.

«Tout d’abord, je ne suis pas un éditeur, je ne censure jamais ce qu’on me soumet. Tout a commencé à Toronto, d’où je viens, mes parents étaient des éditeurs professionnels, ils publiaient surtout des ouvrages académiques. Ce milieu m’a toujours intéressé, mais je n’aimais pas le carcan académique dans lequel mes parents œuvraient. Vers la fin de l’adolescence, j’ai commencé à imprimer et diffuser le travail de certains amis artistes. Je me suis fait un nom et maintenant ce sont les artistes qui viennent me voir. Cela fait maintenant deux ans que je publie à Montréal.»

Sebastian exposait ses fanzines de bande dessinée, certains avec beaucoup de sang et de nudité, mais toujours avec une touche d’humour irrévérencieux. Il annonçait également une série de livres en collaboration avec un artiste qui sera bientôt lancée.

Plusieurs librairies et maisons d’édition étaient présentes comme la librairie du Centre Canadien d’Architecture et Écosociété. Les éditions Écosociété exposaient une grande gamme de livres tels que «L’anthologie du printemps étudiant de 2012», «Le guide d’autodéfense intellectuelle» et des manuels d’initiation à différentes pratiques, comme la permaculture, une technique durable pour faire de l’agriculture à petite et grande échelle.

Salomé Grouard

Fanzines et artistes engagés

La plupart des éditeurs, artistes et artisans choisissent de publier de façon indépendante pour éviter la censure, avoir une liberté artistique accrue ou encore passer un message critique de différents aspects de notre société.

«Sucker Press» exposait son fanzine «Frosh Week volume 1», une critique acrimonieuse des pratiques de bizutage initiatifs des universités à Montréal, mais en particulier celles de l’Université McGill. «Frosh Week volume 1» relate en dessins et en texte l’aventure dégradante de l’initiation d’un jeune étudiant. Il présente des dessins explicitement choquants. «Certains peuvent y voir une bande dessinée à caractère sexuel déplacé, mais souvent la réalité est telle qu’on ne veut pas l’accepter et c’est celle-ci que nous souhaitons dénoncer» explique Gabrielle, contributrice au sein de «Sucker Press». Gabrielle et ses collaborateurs ont quitté Toronto pour Montréal à cause du moindre coût de la vie, mais surtout pour atteindre un public qu’elle décrit comme plus ouvert et plus réceptif.

D’autres artisans ont pour but de rendre la lecture et l’alphabétisation plus accessible via leurs publications. Maxime, libraire à son compte et représentant d’«Écosociété» pour le salon Fanzine, est un de ceux-là. Avec son collègue Michel Vézina, il a fondé une librairie mobile à l’intérieur d’un camion de pompiers. Son prochain projet est de créer un «pub-librairie» afin de faire la promotion de la lecture dans un village des Cantons de l’Est où il n’y a ni bibliothèque ni librairie.

Les artistes présents au salon Expozine sont des publieurs et des artisans ouverts et passionnés qui œuvrent de façon indépendante et prouvent tous les jours que la presse libre montréalaise existe à travers chacune de leurs publications. Définitivement, le milieu du fanzine montréalais est un milieu dynamique et éclaté et vaut la peine d’être découvert!

 

 
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