Conter les années
20 octobre 2015 - Image par Luce Engérant
Le port littéraire.
Mahaut Engérant | Le Délit

Face au constat du passage du temps, nombre d’auteurs ont approché ce concept comme thème principal de leurs œuvres, dans des genres et des époques littéraires aussi divergents que la modernité. Il suffit de penser à Proust et La Recherche du temps perdu, ou à la science-fiction dans La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. Daniel Grenier, auteur québécois contemporain, offre, quant à lui, un vent de fraîcheur à cette thématique dans son premier roman, L’Année la plus longue. Pour ce faire, il explore la vie d’Aimé Bolduc et de Thomas Langlois, tous deux nés un 29 février, à des époques différentes.

Dès les premières pages du roman, le lecteur est placé devant des données contradictoires: un colon dirige l’émigration des Cherokees en 1838, mais sa présence en Illinois est impossible à ce moment, selon d’autres sources. C’est ainsi que sont abordés les travaux d’Albert Langlois, père de Thomas et historien amateur qui s’évertue à retracer la vie d’Aimé Bolduc, son ancêtre lointain. Dans cette première partie du texte la narration se développe lentement autour de ces personnages habités par l’année bissextile. Ce détail est le point culminant du récit, car il implique que ceux nés un 29 février ne vieillissent que tous les quatre ans. Le récit permet aussi de découvrir un style narratif mêlant la narration omnisciente et le conte. Le résultat est un échange constant entre le point de vue objectif du narrateur et l’envie de celui-ci d’intégrer le lecteur à l’histoire, que ce soit en l’interpellant ou bien en lui cachant explicitement des informations.

C’est d’ailleurs grâce à l’habileté du conteur que le lecteur peut se transporter d’une époque à une autre, habileté amplifiée par le personnage d’Aimé Bolduc, qui vieillit effectivement à un rythme quatre fois plus lent que ses contemporains. Le roman peut donc plonger dans tous les grands évènements historiques des États-Unis et du Canada, à travers la vie de cet homme atemporel. Ceux-ci, constituant la seconde partie du roman, sont savamment employés, malgré l’improbabilité presque grotesque du personnage de se retrouver dans tous les grands faits de l’Histoire. Néanmoins, la présentation qui y est faite d’Aimé reflète un être simple, et non un grand héros de guerre. C’est d’ailleurs cette toute petite particularité qui réussit à solidifier des fondations fragiles: en montrant les faiblesses de l’homme, et son apprentissage à travers l’histoire, le lecteur peut s’attacher à cet individu qui est, somme toute, semblable à n’importe quel autre être humain.

Ce premier roman de Daniel Grenier attire l’attention en approchant sous un nouvel angle un thème maintes fois utilisé. En relatant la vie de cet homme oublié par le temps, L’Année la plus longue raconte l’histoire de l’Amérique, mais, surtout, celle d’un père et de son fils qui se rapprochent grâce aux aventures de leur ancêtre.

 
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