Thina Sobabili: The Two Of Us
6 octobre 2015 - Image par Luce Engérant
Le Festival de Film Black nous plonge au cœur d’un ghetto sud-africain.

Le 1er octobre 2015, l’Ancien Cinéma ONF ouvrait ses portes pour la projection du film Thina Sobabili: The Two Of Us. Cette œuvre indépendante sud-africaine faisait partie de la large sélection cinématographique proposée par la 11e Édition du Festival International de Film Black de Montréal. Elle commence par un ralenti ou l’on voit hommes, femmes et enfants courir affolés vers un lieu qui se révèle être une scène d’horreur. Un jeune homme allongé s’étouffe, la bouche et le visage remplit de sang, tandis que la foule s’attroupe autour de lui et que deux femmes pleurent et crient face à cette scène. Le ton du film est tout de suite donné.

Luce Engérant | Le Délit

Thina Sobabili retrace l’histoire d’un frère et une sœur. Thulani et Zanele vivent dans un des quartiers les plus pauvres d’Afrique du Sud qu’une simple route sépare de l’un des quartiers les plus riches. Thulani apparaît, au début du film, comme un frère excessivement protecteur, attentionné mais intransigeant avec sa sœur Zanele. Cette dernière, jeune adolescente studieuse et obéissante, ne tardera pas à vouloir se frayer un chemin à travers les murs de l’autorité et à expérimenter ce qui lui est interdit. L’omniprésence et l’agressivité permanente de Thulani se révèlent plus tard être les conséquences d’un passé sombre et traumatisant. Puis, on se retrouve devant un bébé qui pleure à chaudes larmes, un homme rebouclant sa ceinture et deux femmes qui crient d’effroi et s’en prennent à l’homme. Un jeune garçon regarde ce spectacle à travers l’embrasure de la porte. Zanele ne le sait pas, mais elle a été sexuellement abusée par le sugar daddy de sa mère. Des années plus tard, la boucle se referme lorsque l’on se rend compte de l’identité de celui qui a abusé d’elle, alors plus jeune.

Thina Sobabili réunit en une heure trente un condensé de sujets tabous, dépeignant ainsi une triste réalité non seulement en Afrique du Sud, mais également dans un grand nombre de pays africains. Il met en exergue les contrastes trop importants entre pauvres et riches, la pauvreté et l’absence de perspectives comme moteurs poussant des jeunes filles à se donner à des hommes âgés et aisés, afin de tenter de sortir de la misère et d’être assurées d’une certaine sécurité financière. Celles-ci se retrouvent ainsi à la merci de ces hommes sans morale, qui n’hésitent pas à abuser verbalement et physiquement d’elles. La scène de l’enfant qui pleure ainsi que celle où la mère de Zanele se fait violenter en pleine nuit en guise de «punition» sont très dures à regarder, mais font d’autant plus mal car elles sont vraies.

Le film n’exhorte pas le spectateur à prendre les personnages en pitié, mais met plutôt à jour ce que beaucoup ne savent pas, ou ce qui est passé sous silence. «Le film a été montré aux enfants du quartier et beaucoup d’entre eux me disaient “C’est moi là!”» nous rapporte Ernest Nkosi, réalisateur du film. Les jeunes du quartier rêvent de belles voitures et de costumes, mais sont contraints à être des arnaqueurs et à vandaliser des maisons: seule alternative qu’ils trouvent pour se sortir de la misère. L’extrême violence de Thulani témoigne non seulement des conditions de vie dans ces espèces de «ghettos», mais également des séquelles psychologiques que des traumatismes d’enfance peuvent laisser. La qualité du montage et des images est d’autant plus appréciée lorsque l’on apprend que tout a été filmé en seulement sept jours. Un film poignant, mais très beau.

 
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