Sans metteur en scène ni vedette
29 septembre 2015
Retour sur le Débat des Chefs organisé par Radio-Canada.

Jeudi dernier, en direct des studios de Radio-Canada à Montréal, les Québécois s’attendaient à assister à un débat en français mettant en vedette les cinq chefs des partis majeurs. Gilles Duceppe, Stephen Harper, Elizabeth May, Tom Mulcair et Justin Trudeau étaient censés discuter en français des services sociaux, de l’économie, des institutions démocratiques, de l’environnement et de la place du Canada dans le monde. Même si ces sujets ont été abordés, nous avons eu droit à une pièce de théâtre sans metteur en scène et sans vedette…

Après une soirée de débat, les analystes se demandent généralement quel participant en est ressorti gagnant. Dans ce cas-ci, difficile de déterminer un vainqueur, mais on peut facilement dire que le grand perdant de la soirée a été le public. Anne-Marie Dussault occupait le rôle de modératrice. Cependant, tout au long de la soirée, elle a été plutôt passive. À plusieurs occasions les échanges étaient cacophoniques et incohérents. D’ailleurs, selon Radio-Canada, le moment le plus discuté sur Facebook était la conversation sur le niqab, entre Stephen Harper et Tom Mulcair, qui n’était pas sans rappeler la confrontation entre Javert et Valjean dans Les Misérables. Les deux chefs se faisaient face en criant l’un sur l’autre, alors que Justin Trudeau, Gilles Duceppe et Élizabeth May  restaient immobiles et silencieux. Mme Dussault a dû les rappeler à l’ordre à maintes reprises, et les deux hommes n’ont pas cessé de se chamailler avant d’avoir fini leurs points. Cet extrait n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui a nui à la qualité du débat… Nonobstant la modération et l’organisation de qualité douteuse, il faut aussi regarder la performance de chaque chef. 

Charlie

Gilles Duceppe (BQ):

Il a attaqué tous ses adversaires dans un français impeccable et sur des sujets touchant spécifiquement le Québec. Il remporte haut la main le prix citron du meilleur coup de la soirée pour avoir demandé à Mulcair si Tom et Thomas se parlent parfois, faisant référence au fait que l’on reproche souvent au chef néo-démocrate de changer son discours selon qu’il s’exprime en français ou en anglais. Son parti reste condamné à l’opposition et ses positions partagées avec Harper (notamment sur le niqab et L’État islamique) n’ont fait qu’aider le Premier Ministre sortant.

Stephen Harper (PCC):            

M. Harper semblait agité et parlait un peu trop fort. Il a bien fait passer son message conservateur de stabilité économique et de sécurité en priorité, mais il a émis plusieurs commentaires douteux. Il a notamment affirmé que l’Arabie Saoudite était un allié important et il n’a pas bronché lorsqu’on l’a questionné sur l’usine canadienne qui vend armes à ce pays.

Élizabeth May (PV):   

Elle a abordé des sujets importants ignorés par ses adversaires, tels que l’environnement et les étudiants. Cependant, son français, même s’il s’est considérablement amélioré, lui a nui. Finalement, son petit poids politique a été un atout, lui permettant d’éviter d’être la cible d’attaques, mais lui a aussi valu d’être quasiment ignorée.

Thomas Mulcair (NPD):           

Le chef du NPD, à l’instar de Harper, était très énervé et haussait trop souvent le ton. Avec son parti en tête dans les sondages au Québec, le chef M. Mulcair a été victime de plusieurs attaques de la part de Harper, Trudeau et, surtout, Duceppe. Le chef néo-démocrate n’a rien fait pour voler le débat, mais il s’est bien tenu debout.

Justin Trudeau (PLC):

Trudeau a été, contrairement à Mulcair et Harper, très calme et concentré sur le message de son parti. Tout au long de la soirée, il s’est concentré sur la classe moyenne et sur les infrastructures, deux piliers de son plan économique. Cependant, le chef libéral a eu quelques problèmes avec son français, et avait la fâcheuse habitude de revenir à ses deux piliers économiques, peu importe la question débattue. Malgré tout, Trudeau ne s’est pas prêté aux chicanes, et il a certainement bénéficié des nombreuses attaques de Duceppe envers Mulcair. 

 
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