Bonjour tristesse
17 février 2015 - Image par Audiogram
Le chanteur québécois Pierre Lapointe lance un album inspiré par la France.

Cela fait plusieurs années que dure cette histoire d’amour, unilatérale et exaltée, entre le chanteur Pierre Lapointe et moi. Lors des Francofolies de 2012, j’ai failli perdre la raison sous la pluie devant la grande scène extérieure Ford, alors que, nœud papillon scintillant au cou et carré rouge fièrement accroché au cœur, il se mit à chanter Au suivant de Brel de son plus bel air torturé. Ma raison a failli m’échapper à nouveau en 2013, au Centre Phi, lorsqu’il a entamé C’est extra de Léo Ferré en rappel, à l’occasion d’un spectacle intimiste pour l’évènement Rad Hourani sous toutes ses coutures. Et je me souviendrai toujours de ce spectacle au mois de juillet passé, où sous une averse de singes en plastique gonflables, j’ai hurlé parmi la foule en délire sur un Columbarium déjanté et électrisant, à nouveau à l’occasion des Francofolies.

Mais c’est dans l’intimité que, plus tard dans la saison, je le retrouvais quotidiennement sur les ondes de France Inter et sur mon sofa, pour une chronique radio intitulée «Les petites morts» où mon flamboyant favori interprétait chaque jour une nouvelle chanson, comme autant de perles au collier d’une diva, se faisant l’espace d’un instant l’hôte d’invités formidable tels que Robert Charlebois, Camelia Jordana et Mathieu Chedid, pour n’en nommer que quelques-uns. Et avec quelle justesse ce titre de «Petites morts» fut choisi, car, bien évidemment, j’ai joui des oreilles tout l’été.

De cette saison estivale passée en France a résulté l’album Paris tristesse. C’est au Studio CBE à Paris, institution qui a accueilli entre autres les voix légendaires de Joe Dassin et de Dalida, que le nouvel opus du chanteur est enregistré. Constitué de morceaux tirés à la fois du répertoire du chanteur et de la chanson française, l’album conserve la formule piano-voix qu’il avait déjà employée avec succès pour son autre disque de reprises, Seul au piano, en 2011. De cet album à celui-ci, il aura troqué les reprises de Richard Desjardins (Moi, Elsie) pour celles d’Aznavour (Comme ils disent) et de Barbara (Le mal de vivre). Ainsi, cet album n’offre essentiellement rien de trop inconnu au public québécois; il servira soit à introduire les novices à la poésie particulière du tragique troubadour, soit à ravir les fans dévoués de quelques nouveautés, comme sa nouvelle chanson  La plus belle des maisons.

Force est de constater que le chanteur semble s’attaquer désormais à l’entreprise alléchante de séduire la France. Cet album s’y applique merveilleusement bien par son exposition concise et maîtrisée de l’univers lapointesque: en trois mots, c’est triste, sexy et mélodieux. Même si personnellement je ne vois pas l’intérêt de quitter le doux Québec pour acquérir ces quelques arpents de mélancolie parisienne, j’ai bien peur que ce tombeur de mon cœur n’y parvienne trop facilement. Il y a quelques jours seulement, le triste sire de mon désir fût accueilli en triomphe au Trianon… Oh, qu’à cela ne tienne: ce n’est pas connaître suffisamment mon amour que de voir en la France une rivale à ma taille. Pars! pars, Pierre Lapointe, coloniser l’Hexagone de ta beauté et de ta poésie. Toutefois, et si je peux me permettre d’emprunter ici les mots de la somptueuse Barbara: «Dis, quand reviendras-tu?»

Tous les dimanches soirs à La Voix bien sûr, c’était une question rhétorique.

 
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