Rire pour réfléchir
11 novembre 2014 - Image par Fred Dubé
Quand humour et politique vont main dans la main.

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2005, Fred Dubé transpose sa folie sur scène depuis le secondaire déjà. Après s’être fait connaître au festival Zoofest en 2013 pour son spectacle solo Terroriste blanc d’Amérique, l’humoriste présente en rappel L’ignorance fait plus de victimes que le cancer au théâtre Sainte-Catherine. Le Délit l’a rencontré pour discuter humour et politique.

La directrice de l’École nationale de l’humour, Louise Richer, affirmait en 2007 que «les humoristes de demain ser[aient] plus engagés». Force est de constater, sept ans plus tard, qu’elle a vu juste: une nouvelle génération d’humoristes politisés qui «s’est réconciliée avec un certain intellectualisme», selon Fred Dubé, prend sa place sur la scène québécoise. Pour l’humoriste rimouskois, «la politique est un matériau pour faire de l’humour», et l’humour, un outil pour dénoncer les injustices sociales et faire bouger les choses: «Un des grands avantages de l’humour, c’est d’aller chercher des gens qui ne pensent pas pantoute comme toi [… et de] résumer huit pages de théorie en un liner[…], [car] pour engraisser l’indignation, il faut de l’information». 

Rire noir, rire jaune, rire gras, malaise… Fred Dubé n’hésite pas à aller jouer dans différentes plates-bandes pour charmer son public. Il décrit d’ailleurs ses débuts en humour comme une période «verte fluo» où il se «révoltait par l’absurde, contestait par la folie et questionnait par l’étrangeté». Un humour surréaliste et très imagé qu’il a officieusement exporté en France. Au fil des années, il a toutefois évolué vers un humour beaucoup plus politique, à contre-courant de la pensée collective. Ses références sont aujourd’hui très ancrées au Québec où l’artiste souhaite «avoir un poids politique selon [ses] compétences». Mais il répète que son «objectif premier, c’est le rire». Libre au public de faire un pas de plus et de s’intéresser aux enjeux qu’il soulève, ou non. 

Prendre la parole 

L’humoriste n’hésite pas à utiliser différentes tribunes pour éveiller le public aux injustices sociales à travers son humour mordant. En réponse au «saccage pétrolier», il a récemment organisé l’événement Déversement d’humoristes, qui réunissait une dizaine d’humoristes pour un spectacle d’info-divertissement. Les fonds amassés étaient versés au CQDE (Centre québécois du droit de l’environnement), qui se bat en justice contre TransCanada et son projet de port pétrolier à Cacouna. 

Il est également co-porte-parole des Journées québécoises de la solidarité internationale au Bas-Saint-Laurent, un événement qui invite le public à comprendre les enjeux internationaux et à s’impliquer pour bâtir un monde plus juste et équitable. De plus, l’humoriste signe une chronique satirique bimestrielle intitulée «C’t’une vraie joke» dans le journal Mouton Noir; comme sur scène, il n’hésite pas à faire rire pour critiquer le «système qui déshumanise». 

L’ignorance fait plus de victimes que le cancer

Dans son plus récent spectacle, L’ignorance fait plus de victimes que le cancer, l’humoriste aborde sans censure des sujets chauds tels la désinformation véhiculée par les médias de masse, le fossé entre les classes sociales, ou encore la structure sociale qui pousse à la surconsommation. Il tente d’abattre les préjugés et de s’opposer «à la propagande de droite […] en humour et en rigolant, évidemment», dit-il. Grâce à des textes à la fois drôles et réfléchis ainsi qu’à sa forte présence sur scène, il fait tomber l’indifférence et lève le rideau sur les injustices qui nous entourent. Si l’humoriste espère que son humour provoque un «déclic» chez ceux qui ne sont pas déjà sensibles aux sujets qui tissent la toile de son spectacle, son objectif premier demeure de faire rire. Qu’on soit de droite ou de gauche, riche ou pauvre, jeune ou moins jeune, on ne peut rester de glace face à son monologue provocateur et réfléchi qui vient du cœur.

 
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