«L’itinéraire» du jour
21 octobre 2014 - Image par GRACIEUSETÉ DE L'AÉUM
«Écart de langage est plus mortel que faux pas. Chuter laisse plaie guérissable, mais parler conduit au trépas.» Les Mille et Une Nuits, 177e nuit.

Après un début d’année plutôt satisfaisant, l’exécutif de l’AÉUM fera sa grande épreuve du feu ce mercredi 22 octobre à l’occasion de son Assemblée Générale — moment capital dans la vie d’une association étudiante. La séance promet d’être intéressante, on en veut pour preuve les nombreuses discussions déjà causées par les motions à l’ordre du jour.

Et je dis bien à l’«ordre du jour», car sur son site l’AÉUM a traduit sa rubrique «agenda» par «itinéraire». Formule somme toute assez poétique pensions-nous, avant de lire les motions, avant de lire les motions, avant de lire les motions.

On imagine un peu la scène: «Traduis-moi ça vite fait please, et n’insiste pas sur la qualité, personne ne les lira de toute façon».

Mets-en! Ce que nous lisons dépasse l’entendement. Est-ce de la création littéraire? Va-t-on réellement «supporter la gratuité scolaire»? Quel est donc ce «power entre les deux partis impliqués»? Qui pourrait nous aider à «rechercher à la divulgation de ces relations de financement»?

Les hommes sont menés par les mots, ne l’oublions pas. Toute motion, tout amendement, tout texte de loi n’est rien d’autre que du langage. Comment voulez-vous travailler et voter sur des textes qui sont des traductions erronées, aboutissant pour la plupart à des contresens terribles? Comment peut-on accorder du crédit à une organisation qui bâcle ses propres motions? Il devient lassant de rappeler à nos apprentis politiciens que, bien qu’ils fréquentent la première université anglophone du Canada, ils habitent aussi dans une province francophone.

Ce cher exécutif de l’AÉUM, qui se soucie tant des minorités, devrait se rappeler au plus vite que le français n’est pas une formalité de rigueur, mais une langue à part entière, avec ses règles et ses complexités. Nous avons par ailleurs le plaisir de lui apprendre qu’un Département de sa propre université — celui de langue et de littérature françaises — offre un des meilleurs programmes de traduction de la province. Qu’il aille donc toquer à sa porte.

Malgré le fait qu’elles soient littéralement torchées, l’équipe éditoriale du Délit s’est tout de même penchée sur le fond des motions proposées à l’ordre du jour de ce mercredi 22 octobre.

«Motion concernant le support pour un campus sans développement de technologie militaires nocives»

Le Délit offre son soutien à cette motion, en ce qu’elle engage principalement une prise de position de la part de l’AÉUM en défaveur du développement de la recherche militaire à McGill et non un programme d’action précis. Il est à noter cependant que près de la moitié de l’équipe de rédaction s’est abstenu de voter en faveur de ce soutien.

«Motion portant sur l’action sur les changements climatiques»

Le Délit offre son soutien à cette motion, ne voyant pas de problème au rattachement de l’AÉUM à la coalition des Étudiant(es) Contre les Oléoducs et persuadé du bienfondé de la création d’une politique efficace en matière de changement climatique par le Conseil législatif de l’AÉUM.

«Motion appelant l’AÉUM à exprimer sa solidarité envers les peuples des territoires palestiniens occupés»

Cette motion est bien entendu celle dont on parlera le plus. Le Délit y est défavorable. Il ne nous semble pas pertinent que l’AÉUM prenne position de cette manière dans le conflit israélo-palestinien. La formulation agressive et le manque de mesure de la motion nous ont influencés dans ce choix. Qu’il soit clair cependant, pour les parapenseurs, que notre non-soutien n’est pas un positionnement en faveur d’un camp ou de l’autre. Si nous sommes entièrement en faveur du processus de paix, nous ne désirons être ni du mauvais, ni «du bon côté de l’Histoire», pour reprendre la formule de Dina El-Baradie, coordonatrice de la campagne pour le Oui.

 
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