Bon vent, Miyazaki
11 mars 2014 - Image par Walt Disney Pictures
Le dernier film de Miyazaki revisite un pan de l’histoire nationale.

Le réalisateur japonais Hayao Miyazaki, pionnier de son art, a annoncé que Le vent se lève serait son dernier long métrage. Il s’inspire du roman éponyme de Tatsuro Hori et raconte l’histoire romancée de Jiro Horikoshi, un ingénieur en aéronautique passionné et surdoué qui a conçu les avions Mitsubishi A6M, largement utilisés par l’armée japonaise et les kamikazes durant la deuxième guerre mondiale.

Le film débute avec un rêve de Jiro, alors enfant, dans lequel il rencontre son idole: l’ingénieur en aéronautique italien Giovanni Battista Caproni. Celui-ci conseille au jeune garçon, qui rêve de devenir pilote mais doit y renoncer à cause de sa mauvaise vision, de construire des avions. Ses rencontres avec ce personnage, toujours oniriques, seront parfois des indices prémonitoires sur l’histoire à venir. Plus important encore, on y aborde un des thèmes principaux du film, à savoir: quel est le prix à payer pour voir ses plus beaux rêves se réaliser? Jiro, un homme bon et généreux, rêve de construire des beaux avions. Toutefois, il doit travailler sur un projet en sachant fort bien que l’armée utilisera son œuvre comme machine de guerre et meurtrière.

Le vent se lève se base et fait référence à plusieurs reprises au vers: «Le vent se lève! …il faut tenter de vivre!» de Paul Valéry tiré de son célèbre poème «Le cimetière marin». Ainsi, le vent tient un rôle primordial tout au long du film. Dans les années 1930, le Japon est dans une période difficile: grande dépression et épidémie de tuberculose, sans oublier les tensions générées par la guerre qui approche. Alors, le vent peut apporter autant de merveilles que de catastrophes. Entre autres, il est au cœur des grands moments que vivent le protagoniste et Naoko Satomi, celle qui deviendra sa femme.

Un film d’animation, et plus particulièrement une œuvre de Miyazaki, se visionne différemment de tout autre genre de cinéma. En effet, le réalisateur nippon dessine chaque image à la main et la qualité y est splendide. Certains paysages et images ressemblent à s’y méprendre à des tableaux impressionnistes ou encore à des photographies.

Dans un même ordre d’idée, à une époque où les films sont de plus en plus tournés a l’aide d’écrans verts et ont recours à des effets spéciaux plus vrais que nature, il est intéressant de voir ce que l’animation peut faire. Un bel exemple est la façon dont Miyazaki s’y prend pour représenter le tremblement de terre dévastateur de Kantō de 1923, qui est tout simplement géniale. Le vent se lève en premier, puis c’est au tour de la terre de gronder et enfin le chaos prend toute la place, de façon impressionnante.

La musique, composée par Joe Hisaishi, fidèle collaborateur de Miyazaki, est très intéressante, car on y retrouve deux thèmes majeurs d’inspirations distinctes. D’un côté, il y a de la musique aux accents italiens, lors des rencontres du protagoniste avec Caprioni. L’autre thème majeur est plus mélodramatique et est présent lors des scènes entre Jiro et Naoko. Dans un thème comme dans l’autre, la musique est délicate et constitue un accompagnement à l’histoire, pour créer un tout très poétique.

Pour information, dans la version anglaise, le personnage de Jiro est doublé par l’acteur américain Joseph Gordon-Levitt, ce qui est un choix intéressant. Sa voix est à la fois mûre, sobre et jeune, de sorte qu’il suit bien le personnage au-delà d’une décennie, sans toutefois prendre trop de place et conserver ainsi toute l’attention sur les images.

Le vent se lève est un chef d’œuvre cinématographique et artistique mélangeant merveilleusement bien les genres de film historique, romantique et de guerre. Même les plus sceptiques du cinéma d’animation seront charmés et éblouis par tant de finesse et de poésie. C’est magnifique et Miyazaki tire ainsi sa révérence en beauté.

 
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