SOS McGill aux portes du Sénat
25 février 2014 - Image par Cécile Amiot
Le projet PPP continue de créer la controverse.

Plusieurs étudiants de deuxième et troisième cycles, ainsi que des professeurs de la Faculté des arts, se sont associés sous le nom de Support Our Staff (SOS McGill)  afin de protester contre le projet de restructuration administrative à la Faculté des arts qui doit entrer en vigueur le 1er mai prochain. Pour exprimer leur mécontentement et leurs requêtes, ils ont manifesté le mardi 18 février à 15 heures devant la salle 160 du pavillon des Arts où se tenait la réunion des directeurs de départements de la Faculté des arts, ainsi que le mercredi 19 février à 15 heures devant Leacock 232, où avait lieu la rencontre hebdomadaire du Sénat de l’Université.

Le petit groupe avait préparé des pancartes et des dépliants dans le but de mettre au courant les étudiants à propos d’un sujet qui les concerne, puisque la restructuration aura une conséquence directe sur les ressources d’aide disponibles. Les prospectus s’adressent aussi aux membres de la direction. Les professeurs et étudiants du groupe SOS McGill y expriment leur désaccord avec le procédé employé lors du processus de restructuration. Une lettre adressée à la principale Suzanne Fortier a été distribuée devant le Sénat, demandant «de créer un processus démocratique qui réponde aux revendications suivantes:

1. Rendre public les détails (incluant les budgets, les descriptions des tâches, les projets alternatifs et les différentes redistributions dans l’espace) sur le site web du PPP.

2. Respecter et agir selon les conventions collectives des travailleurs affectés par ces changements».

Restructuration administrative 

Rappelons que le projet de restructuration est en cours depuis novembre 2012 et tente de résoudre les problèmes liés aux coupures dans le budget universitaire, qui entraîne une diminution des effectifs du personnel administratif. (voir «Restructuration à la Faculté des Arts», vol. 103, n°13). En effet, depuis décembre 2012, l’université ne peut engager qu’un employé pour deux départs à la retraite. Cela signifie que les secrétariats des départements qui ne possèdent, par exemple, qu’un seul conseiller aux études de premier cycle, risquent, dans ce cas, de ne plus en avoir du tout.

Pour sa part, le projet «People, partnerships & processes» (PPP) vise à réorganiser les treize départements de la Faculté des arts en quatre pôles de services appelés «centres administratifs de service». Le but est de réunir les secrétariats des départements dans un espace concis afin de pouvoir réagir à un départ à la retraite en relayant les tâches entre les départements. Par exemple, les secrétariats de science politique, économie et philosophie se retrouveront dans des bureaux juxtaposés au quatrième étage du pavillon Leacock, alors que les secrétariats d’anthropologie, histoire, sociologie et études juives seront concentrés au septième étage. La vice-doyenne de la faculté des Arts, Gillian Lane-Mercier, explique en entrevue avec Le Délit que la visée de cette restructuration est d’«essayer de consolider et de mieux répartir le service aux étudiants puisque, sans regroupement, les départements auraient été dans l’embarras face à la répartition des tâches». Elle explique que, dans le cas d’un départ à la retraite d’un conseiller aux affaires étudiantes du premier cycle qui ne peut être remplacé, ce serait le conseiller aux affaires étudiantes des deuxième et troisième cycles qui s’en verrait incomber les tâches. Dans l’optique de la restructuration et des regroupements administratifs, c’est le conseiller aux affaires étudiantes du département conjoint qui assurera le service. L’extension des compétences se fera donc sur le plan de la diversité des programmes, non pas sur la fonction et le rapport qu’établit le conseiller avec l’étudiant. Cependant, le problème de la surcharge de travail est mis en avant par Gretchen King, étudiante du troisième cycle en histoire de l’art et communication et membre de SOS McGill, qui craint aussi la diminution de la qualité du service rendu aux étudiants dans le cas échéant, à cause d’un manque de spécialisation et d’une mauvaise connaissance du département voisin.

Évolution du projet 

Deux scénarios de réorganisation administrative avaient été proposés en février 2013 et mis en ligne sur le site du PPP, invitant les commentaires et les réactions du personnel et des étudiants avec un forum ouvert. Le premier projet impliquait une soixantaine de déménagements et considérait réunir tous les conseillers du premier cycle dans le pavillon Leacock. Cette première proposition ayant suscité de vives réactions de refus et des critiques virulentes en mars 2013, elle a donc été reconsidérée avec l’intention de conserver une proximité entre les services d’aide aux étudiants et les départements auxquels ils sont rattachés.

Le 19 novembre 2013, le nouveau plan du projet est divulgué sur le site du PPP, proposant le regroupement en quatre centres de service administratifs (deux à Leacock, un au pavillon des arts et le quatrième au 688 Sherbrooke). Il est à noter que le secrétariat du centre d’enseignement du français a rejoint le bâtiment des arts en juin 2013 à la suite d’un départ à la retraite qui a engendré une diminution des effectifs. Les professeurs étant toujours au pavillon Ferrier, où les cours sont donnés, la délocalisation du secrétariat a donc généré une distance entre le milieu d’apprentissage des étudiants et celui des aides administratives.

Le projet de regroupement des autres secrétariats doit entrer en vigueur le 1er mai. Cependant, l’organisation du bâtiment Leacock est plus claire que celle du pavillon des arts, où se trouvent les départements d’anglais, d’histoire de l’art et communication, de langue et littérature françaises, ainsi que le centre d’enseignement du français.

À la question de l’espace, architecturalement parlant moins facilement façonnable, s’ajoute le problème de la langue. Les conseillers anglophones pourront-ils assumer une aide de qualité aux étudiants francophones?

Mésentente persistante  

Le second plan du projet PPP a été mieux reçu que le premier mais ne fait toujours pas l’unanimité, comme le démontre les manifestations de mardi et mercredi, principalement en ce qui concerne les départements qui dépendent du pavillon des arts. La lettre adressée à la Principale Fortier qui a été distribuée avant le Sénat rappelait le vote du 23 avril 2013, lors du conseil de la Faculté des arts. Ce vote allait contre le «regroupement des activités administratives et du personnel de soutient et/ou leur retrait des départements», et dénonçait le fait que le doyen n’en ait pas tenu compte. Cependant, le doyen de la Faculté des arts, Christopher Manfredi, soutient que ce rejet concernait le premier projet qui a, entre temps, été abandonné et remanié pour pallier aux problèmes soulevés par le conseil. Le doyen déclare que «l’université a le droit de réorganiser son administration du moment que cela se fait en accord avec les conventions collectives», rappelant que le syndicat des employés non-académiques de McGill dont fait partie le personnel administratif de soutien, McGill University Non-Academic Certified Association (MUNACA), et le «University’s Labour Relations Committee» ont été mis au courant du projet depuis le 12 février 2013, date à laquelle plus de détails à propos du PPP avaient été demandés. Le doyen se dit prêt à rencontrer le président de MUNACA. La proposition d’une seconde réunion aurait déjà, à l’heure actuelle, été manifestée. Pour ce qui en est de l’Association  Étudiante de l’Université McGill et de l’Association Étudiante de la Faculté des Arts, les deux associations étudiantes refusent de prendre position.

Le doyen rappelle aussi que le mercredi 22 janvier 2014, une soirée d’information s’était tenue, qui visait à répondre aux inquiétudes des étudiants de l’AÉFA par rapport au projet de restructuration administrative des départements de la Faculté des arts. Il souligne la contribution constructive des étudiants aux projets de réaménagement des espaces dans le bâtiment Leacock, et déplore l’hostilité manifestée par SOS McGill à son égard. Il considère le procédé comme transparent, grâce au site Internet sur le PPP ainsi que les nombreuses réunions, présentations et remaniements du projet suite aux commentaires reçus. D’autre part, il avait déjà répondu à la lettre ouverte qui lui a été adressée par SOS McGill dans le McGill Daily.

Pour ce qui en est du budget, qui devait être mis en ligne le 16 janvier 2014, la vice-doyenne Gillian Lane-Mercier explique qu’il est difficile de l’établir car certaines choses ne sont pas encore claires, et car certaines demandes surviennent au fur et à mesure du processus de réaménagement, comme par exemple la demande de retirer la cloison entre les bureaux des secrétaires de philosophie qui désirent continuer à travailler ensemble. La vice-doyenne exprime son intention d’accorder une importance aux requêtes des employés des services administratifs. Une version du devis non finalisée a été mise en ligne le 18 février 2014.

Enfin, la lettre de SOS McGill demande de publier, sur le site du PPP, les plans alternatifs élaborés au sein même des départements d’anglais, d’histoire de l’art et communication, de langue et littérature françaises et du centre d’enseignement du français. Ceux-ci proposent de ne pas procéder à une relocalisation des secrétariats tout en envisageant la possibilité de se distribuer les tâches et responsabilités ayant trait au domaine financer. Cette requête assurerait, selon eux, une meilleure transparence quant à la réalité de la situation et des procédés en cours.

Communauté au sein de l’université 

David Hensley, professeur au département d’anglais, déplore la restructuration prévue du système d’aide aux étudiants. La distance entre les instances provoquera, à son avis, une perte sur le plan de la communauté. Il évoque aussi l’absence de syndicat pour le corps professoral qui, dans la situation actuelle, lui donne un sentiment d’impuissance face aux décisions prises. De son côté, l’administration se voit contrainte de faire face aux problèmes engendrés par les coupures dans le budget et manifeste son intérêt à assurer un service des plus solides aux étudiants. Tout en rappelant «le droit de chaque personne concernée de s’exprimer par commentaires et par courriels de façon anonyme ou non, ainsi que celui de se présenter aux réunions et de poser des questions» Gillian Lane-Mercier reconnaît qu’il reste des difficultés à surmonter pour parvenir à consolider le service. Elle entend bien pousser la collaboration pour venir à bout des problèmes.

 
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