Pour en finir avec la 5G
28 janvier 2014
Chronique du temps qu’il fait

«Ce sera immédiat, plus d’attente, plus rien. La guillotine du téléchargement de données. Une solution indolore et rapide: une seconde à peine pour obtenir un film. Une seconde, à tout prendre, qu’est-ce? Le temps d’esquisser un sourire étonné, de tomber dans les escaliers en marbre du pavillon des Arts, de vivre un peu quoi. Cette seconde là, McGill, c’est ce qui nous reste».

La 5G est prévue pour 2020, crotte en bois! Pourquoi ne pas jouer les Kassandra au lieu des éternelles Cassandre? Pourquoi ne pas préférer l’eau de rose d’une telenovela vénézuélienne d’il y a 20 ans à la situation tragique de notre quotidien?

En 1986, Le Délit publiait déjà des phrases telles que «dans notre monde contemporain roulant à un rythme hystérique, les gens lisent de moins en moins». Aujourd’hui je m’interroge donc sur la circularité d’un tel discours: celui qui clame l’immédiateté vers laquelle nous tendons, toutes ces choses qui vont de plus en plus vite et que nous n’avons jamais comprises et que nous ne comprendrons (jamais) plus.

Césaire se répète une certaine phrase dans son manifeste poétique –Cahier d’un retour au pays natal-, il s’adresse à son corps et à son âme, et leur dit: «Gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle.» Cette phrase, c’est une leçon. Nous nous devons de faire apparaître les choses qui n’étaient pas là avant, de les révéler. Construire des ponts, creuser des routes, parler métaphoriquement du sens du contemporain dans une chronique du Délit. Nous défaire de cette auto-référentialité pour mieux qu’elle nous colle à la peau. Bref, avoir un peu de lettres et d’esprit, c’est à dire ne pas dire «je suis vécu», mais plutôt vivre.

Nourrir son âme est une chose, vivre par procuration en est un autre. En cela nous avons désormais des maximes claires: «la littérature n’arrive pas à la cheville de la vie» (Alain Farah dans Pourquoi Bologne). Il faut pourtant satisfaire notre société du spectacle, alimenter nos flux RSS, thy show must go on. Dire adieu au mimodrame perpétuel dans lequel nous vivons, ce serait nous détourner de la bonne ligne de conduite, celle qui fait de nous des assis d’un genre nouveau, sans humilité aucune. Respiciens post te, hominem memento, voilà ce que les Romains répétaient à l’orateur pendant son triomphe pour lui éviter de prendre le melon: «Regarde derrière toi et souviens-toi que tu es un homme.»

 
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