Un peu de pub pour nos amis les barbiers
22 janvier 2013 - Image par Lindsay P. Cameron
Petites histoires de grands vandales

J’avais neuf ans quand j’ai commencé à m’intéresser au graffiti et à son potentiel. C’était lors d’un voyage en avion Paris-New York lors duquel j’avais dessiné une moustache sur la photo d’un type qui se trouvait en première page d’un magazine. Je montrai mon œuvre d’art à ma mère, qui, bien évidemment, s’en fichait royalement; mais inutile de vous cacher que je jubilais intérieurement. Je venais de ridiculiser une star internationale avec un stylo Bic. Du moins, c’est ce que mes neurones d’enfant me laissaient croire.

Dix ans plus tard, mes neurones, ont, je l’espère, évolué, mais ma vision du graffiti n’a pas beaucoup changé. Cette véritable liberté d’expression (presque) sans limite me fascine et me passionne toujours. J’ai d’autant plus de respect pour ces graffeurs qui n’ont pas peur de provoquer, défier et attaquer notre société pour tenter de la faire évoluer positivement. C’est pourquoi j’attire votre attention sur cette citation de Banksy: «[Les publicitaires] font des commentaires désinvoltes sur les bus qui insinuent que vous n’êtes pas assez beau et que l’herbe est plus verte ailleurs. Ils sont à la télé et réussissent à dévaloriser votre petite amie. Ils ont accès à la technologie la plus sophistiquée du monde et l’utilisent pour vous intimider».

Bien que les valeurs morales et les opinions politiques du graffeur le plus connu du monde restent discutables, difficile de dire que nous ne sommes pas un minimum influencés par ces photos retouchées et ces pubs bien trop parfaites. Je me suis toujours dit qu’il aurait apprécié que je déchire ma page de magazine et que j’aille la coller sur le panneau Hollywood en signe de révolte.

Je considère donc ce mouvement de contre-culture plus comme un instrument qu’une forme d’art à proprement parler. Du petit graffeur new yorkais qui taggue son métro à Banksy qui est désormais de notoriété internationale, ils ont tous quelque chose à dire, à déposer quelque part. Instrument à la fois synonyme de refuge pour certains, ludisme pour d’autres et depuis peu, métier à temps plein pour les plus talentueux!

En ce qui concerne la publicité, je dois dire que je suis de l’avis de Banksy. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas jouer avec elle alors qu’elle se joue de nous. Après tout, les panneaux publicitaires font partie de l’espace public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas. Soit la plus grande partie de la population dont nous, simples étudiants, faisons partie. Alors, pourquoi ne pas dégainer sa bombe et dessiner un appareil dentaire sur une affiche de mannequin au sourire trop blanc? Au moins, cela éviterait d’avoir une ribambelle de jeunes filles qui ont du mal à assumer leur apparence et ça devrait susciter le joli sourire (blanc ou jaune) de quelques passants.

Bien entendu, le débat sur la légalité du graffiti est sans fin et je suis le premier à dire qu’on ne taggue pas n’importe quoi, n’importe où. Cela dit, je trouve le débat concernant la pertinence des publicités de nos jours et leur impact sur la population bien trop discret.

Alors, mesdames messieurs, sortez vos marqueurs. Les moustaches sont de saison.

 
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