Postures politiques
29 octobre 2013 - Image par Romain Hainaut
Corps et mairie.

Le 22 octobre, les quatre principaux candidats à la mairie de Montréal se sont réunis dans le batiment Tanna Schulich de l’Université McGill. En guise de contrepartie au débat francophone tenu le 9 octobre, Richard Bergeron, Denis Coderre, Marcel Côté et Mélanie Joly ont accepté l’invitation à présenter leurs points de vue en anglais.

Faisant allusion au débat du 9 octobre, Radio-Canada parle d’un débat «sans surprise». Les candidats se bornent surtout à utiliser le temps alloué afin de répéter un discours révisé par cœur – ou même, dans certains cas, à carrément lire un texte qui semble bêtement tiré de leur programme électoral. Quoi qu’il soit primordial de connaître les plans et positions des candidats avant de voter, il s’agit d’informations qui sont facilement retrouvables à moindre effort. Si c’était d’idées dont on avait soif, un déplacement physique n’était pas justifié.

Comment, donc, légitimer un débat en chair en en os lorsque Internet procure à l’électorat montréalais une plateforme d’information multi-médiatisée et la possibilité d’un contact en temps réel avec les équipes des candidats municipaux? Les débats sont la garantie d’attirer la lumière des projecteurs lorsqu’on déplace l’attention de ce qui est dit à ce qui est joué, au sens théâtral. Du moins, le spectacle qu’offraient les candidats le 22 octobre était d’une rare clarté quant aux messages kinesthésiques exprimés – sans rien dire de la qualité du divertissement.

Richard Bergeron rappelle une corde de violon trop tendue; sa charpente tremble, frétille presque. Souvent sur la pointe des pieds, il s’agrippe au piédestal à sa disposition. Il a le sourire facile, néanmoins. Sa voix nasillarde mobilise toute l’assurance qu’elle peut; après tout, c’est le candidat avec la plus profonde expérience de la ville qu’il aspire à diriger. Toutefois, il ne peut s’empêcher de décocher une quantité généreuse d’indexes accusateurs et même de tapoter d’une paume abaissée la tête d’une petite fille imaginaire lorsqu’il veut faire taire une candidate. Envisage-t-il déjà une défaite amère malgré sa compétence?

Le corpulent Denis Coderre, quant à lui, fait preuve d’une étonnante économie de mouvement. Qu’il ait consciemment envie de démontrer un calme olympien face à la victoire qu’il anticipe ou bien qu’il soit effrayé par la considérable dépense calorique associée au déplacement de son corps, on ne le saura sans doute jamais. Confortablement planté sur ses talons, il navigue le débat sans qu’il n’y ait autre organe que ses mains qui s’agite, souvent d’un geste à la Western. Mélanie Joly, droite comme une épingle, est la seule à ne pas ponctuer l’air d’incessants indexes accusateurs. Comme le confirme un membre de son équipe, Joly pratique le yoga. Au cours du débat, le maintien exemplaire d’un tonus abdominal se transforme en une crispation inconfortable. Si son serein «salut au soleil» exprime une assurance concertée au début du débat, le flot d’arguments démagogiques des autres candidats qui s’y envolent comme tant d’Icares servent à en souligner la nature impitoyable. Aigrie et quelque peu déconfite, perdant pied, par un moment elle se résout même à employer un genre de bas populisme, ce qui lui est reproché par Bergeron.

Marcel Côté, pour qui la campagne est vraisemblablement déjà jouée, sermonne d’une voix vaporeuse et sans conviction. Sa gestuelle diffamatrice n’a plus aucun mordant; Coderre sait exploiter ce fait à plus d’une reprise en cédant la parole à «Marcel» d’un geste ample de la main qui peut vouloir dire «vas-y toujours, Papy». Côté oscille tranquillement de l’avant à l’arrière, rappelant le mouvement de la chaise à bascule de laquelle il semble se complaire à faire le cabotin.

La valse des corps des candidats en dit long sur les rapports qu’ils entretiennent au monde, élément qui n’est pas à négliger dans le choix d’une représentation symbolique de notre ville. L’esthétique – au sens large du terme – de la figure de proue du navire montréalais n’est certainement pas le paramètre le plus important à considérer aux urnes, mais il reste néanmoins assez influent pour faire voguer la balance de Montaigne vers une plus jolie berge.

 
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