Justice pour les victimes
28 octobre 2013 - Image par Robert Smith
Rassemblement et veillée commémorative annuelle du 22 octobre.

Une centaine de personnes se sont réunies le mardi 22 octobre devant la Fraternité des policiers et policières de Montréal afin de commémorer les victimes des bavures policières. L’événement était organisé par la Coalition Justice pour les Victimes de Bavures Policières. Stella Jetté, intervenante sociale de profession, et membre de l’association Solidarité sans Frontières, dit lors de la manifestation: «nous sommes ici pour commémorer et soutenir les victimes». Une personne voulant garder l’anonymat ajoute: «à chaque fois que la police tue quelqu’un, c’est un peu de nous tous et toutes [qu’elle tue]». Contrairement aux années précédentes, la présence policière était très discrète: seulement deux agents en uniforme surveillaient au loin la foule depuis la station de métro Laurier. Aucun débordement n’a été observé, et après, deux heures, la foule s’est calmement dispersée en se promettant de revenir l’année prochaine.

Organisé pour la quatrième fois, l’événement consistait en un vigile d’environ deux heures, ponctué de discours et entrecoupé par des pauses musicales. À la lumière des chandelles, des proches de Jean-François Nadreau, Gladys Tolley, Fredy Villanueva, Ben Matson, Anas Bennis, Claudio Castagnetta et Quilem Registre se sont relayés pour exprimer leur détresse et désarroi face à un système qui les a déçu et semble incapable de leur rendre justice.

À l’écoute des personnes en détresse

Avec le témoignage de Josiane, ancienne compagne de Jean-François Nadreau, la question des problèmes liés aux interventions auprès de personnes en situation de détresse sociale a été soulevée. À l’égard des policiers, Stella Jetté est ferme: «des personnes comme Jean-François Nadreau étaient en détresse et ont été assassinées par manque de compétence et de jugement». Il existe pourtant des solutions efficaces pour que la prise en charge des personnes sensibles se fasse le plus aisément possible, à l’exemple du service Urgence Psychosociale-Justice (UPS-J). Le système UPS-J a été crée en 1996, et c’est un service composé de spécialistes du milieu psychosocial accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Stella Jetté insiste: «dans le cas de Mario Hamel, un journaliste a enquêté pour savoir pourquoi ce service [UPS-J] n’avait pas été utilisé et ils ont fait comme si cela n’existait pas». Elle mentionne à cet égard la possibilité de créer un protocole qui forcerait à contacter UPS-J dans le cas de personnes en situation de détresse. Cependant, aucune mesure ne semble être prise, et «quelques mois après le cas de Mario Hamel, Jean-François Nadreau se faisait tuer dans son salon» ajoute l’intervenante sociale. Selon elle, «c’est un gros problème de jugement de la part du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM)».

Enquête sur la police

Le rassemblement était marqué cette année par la présence de Didier Berry, victime de violence policière en octobre 2012. «J’ai été étranglé, frappé, insulté, jusqu’à en perdre connaissance» dit-il lors de l’événement. La violence subie par Didier Berry a eu lieu dans le contexte de la grève étudiante de 2012. Pour Didier Berry, l’explication est simple: «si les policiers agissent comme ça, c’est parce qu’ils savent qu’ils sont dans un contexte d’impunité». Pour Stella Jetté, le manque d’enquête concernant les violences ayant eu lieu durant le Printemps érable est révoltant: «une enquête serait nécessaire pour que les gens soient entendus et aient accès à la justice». Cependant, le manque d’indépendance des services devant mener ces enquêtes semblerait poser problème. «Les enquêtes sont faites par leurs collègues […] c’est une culture de force», ajoute-t-elle dans un soupir. Pour le comité, la solution pourrait en fait se situer ailleurs. Julie Matson, fille de Ben Matson souligne que «le problème, ce n’est pas le crime, ce n’est pas la violence. C’est la police qui blesse et assassine injustement des personnes».

 
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