Pour un campus mentalement sain
8 octobre 2013
La première conférence sur la santé mentale étudiante à McGill.

Saviez-vous qu’un étudiant sur cinq a recours au Service de santé mentale de McGill au cours de ses études? Il semblerait que ce chiffre alarmant soit l’un des motifs pour l’association Students in Mind d’avoir créé la toute première conférence sur l’importance de la santé mentale à l’Université.

La conférence s’est déroulée toute la journée, le samedi 5 octobre, au bâtiment de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Quelques 120 personnes ont assisté à l’événement, parmi lesquelles on comptait des étudiants, des professeurs de McGill, des associations d’élèves, des chercheurs et des travailleurs au sein du Service de santé mentale de McGill.

La journée se divisait en plusieurs temps, avec deux ateliers, un sur l’autothérapie et un sur le soutien des pairs, ainsi que trois conférences aux choix, plus spécifiques au cas de McGill.

 

Beaucoup de services, souvent méconnus

La conférence «Construire les ressources sur le campus» présentait les diverses ressources dont McGill dispose pour répondre au nombre croissant d’élèves touchés par des problèmes mentaux.

Un nombre considérable de services est proposé: psychothérapies, tests personnalisés d’orientation professionnelle, un service spécialisé pour les troubles alimentaires, en plus de beaucoup d’associations étudiantes, telles que Unleash the Noise, Peer Support Network et Inclusive Mental Health Collective. Toutefois, ces services sont complètement inconnus de la majeure partie des étudiants. Comment est-ce possible?

Une des raisons avancées par le docteur Franck, paneliste à la conférence et directeur du Service de santé mentale de McGill, est la mauvaise communication entre tous ces différents services, qui peut amener une confusion à l’expérience déjà souvent éprouvante d’aller chercher de l’aide. Un étudiant qui ne se sent pas bien dans sa peau, et trouve le courage d’aller demander de l’aide à McGill, prend le risque d’être envoyé de service en service avant de trouver celui qui lui convient. Bon nombre d’élèves abandonnent en chemin. Par ailleurs, la santé mentale est un sujet extrêmement stigmatisé et souvent associé à de la faiblesse, et le docteur Franck explique l’importance de la sensibilisation à travers le campus.

Plusieurs solutions sont disponibles; Tout d’abord accroître davantage le rôle des médias sociaux (envoyer plus de courriels informatifs, créer une page Facebook, mettre en avant le site Internet, etc.). Katrina Bartellas, ancienne élève de McGill et paneliste à la conférence, propose aussi une Journée portes ouvertes en début d’année pour que les étudiants puissent voir par eux-mêmes les divers services proposés, ainsi que leur emplacement.

Par ailleurs Sarah Hanafi, vice-présidente aux affaires externes de Students in Mind, fait part au Délit de l’importance primordiale des associations étudiantes pour complémenter les services offerts par des professionnels. De plus, «il est souvent plus facile de parler d’abord à un autre étudiant», dit-elle.

 

Un campus à l’environnement stressant 

«Vous êtes l’élite». C’est la première phrase qu’on nous a tous dit la première fois qu’on s’est assis dans la salle Leacock 132. McGill est réputée pour être une des meilleures universités du Canada et du monde, mais à quel prix ses élèves maintiennent-ils ce niveau admirable? Kimberley Tosset, vice-présidente du financement de Students in Mind, dit au Délit que l’«environnement du campus n’est pas toujours facile, très ambitieux et compétitif. Les étudiants qui rentrent à McGill étaient habitués à être dans le top 10 de leur classe, et tout d’un coup ils ne sont plus qu’un bon élève parmi tant d’autres». Ce stress peut se manifester sous diverses formes selon les élèves et le soutien dont ils bénéficient.

Le docteur Chamodraka, psychologue au Service de santé mentale de McGill, explique que les cas les plus communs sont l’isolement social (des étudiants étrangers qui viennent d’arriver à Montréal par exemple) et l’incapacité de réussir sur le plan scolaire qui peut parfois entraîner de la pression familiale, créant alors un cercle vicieux. Des problèmes qui ne sont pas liés directement à la vie universitaire peuvent aussi survenir: des traumatismes, des deuils difficiles, des problèmes d’identité sexuelle, etc.

La première année, particulièrement, est une période de transition pas toujours évidente pour bon nombre d’étudiants qui n’ont encore jamais vécu seuls, et qui vivent parfois à des milliers de kilomètres de leur ville natale.

Phénomène alarmant: le nombre de cas répertoriés par le Service de santé mentale de McGill a augmenté de 25% ces deux dernières années. 4500 étudiants ont eu recours à ce service en 2012, chiffre encore sous-estimé quand on sait que cela exclut tous les élèves avec des problèmes, mais qui ne savent pas que de tels services existent. Quelle pourrait être la raison de cette augmentation?

Pour le docteur Franck, l’environnement hautement compétitif de McGill n’est même pas compensé par la garantie de trouver un emploi après ses études, dans un monde où le taux de chômage pour les jeunes est inquiétant. D’après le docteur Dunkley, un autre paneliste spécialisé dans les problèmes de perfectionnisme, la dernière décennie a vu l’émergence rapide et parfois mal contrôlée des nouvelles technologies qui sont devenues parfois un outil cruel d’humiliation (via Facebook, Youtube…).

Par ailleurs, on peut aussi se demander si les restrictions budgétaires imposées à McGill n’ont pas contribué à rendre notre campus plus stressant: des classes chargées, moins d’assistants aux professeurs, moins de choix de cours,  tout cela ne contribue pas à apaiser des étudiants déjà soumis à une pression considérable à cause de leurs études.

 
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