Apple, à bout de souffle
30 septembre 2013 - Image par Romain Hainaut
Romain Hainaut

 

Le 11 septembre dernier, l’animateur de télévision américain Jimmy Kimmel, créateur et animateur du Jimmy Kimmel Live! sur la chaine ABC, diffusait une vidéo dans laquelle il proposait à des passants de tester le nouvel iPhone 5S, puis de donner leur opinion par rapport à l’ancienne version du produit. Mais l’appareil qu’on mettait entre leurs mains était en fait l’iPad mini, sorti en novembre 2012.
Outre le caractère résolument comique de la farce (une jeune femme étant allée jusqu’à lécher l’appareil quand la journaliste lui a affirmé qu’il avait le goût de vanille et de chocolat), cette vidéo nous amène a nous demander si la réussite commerciale du dernier-né de la gamme iPhone sera a la hauteur de ses prédécesseurs.

Un manque de renouveau
En 2007 sortait l’iPhone. Impressionnés par ses fonctionnalités inédites, sa fluidité, et la facilité d’utilisation de l’appareil, des millions d’utilisateurs ont été conquis par le téléphone intelligent d’Apple. Si le premier iPhone était un appareil extraordinaire, voire révolutionnaire, on ne peut pas en dire autant de l’iPhone 5S. Chaque fois qu’un nouvel iPhone a été mis sur le marché, Apple lui apportait un minimum d’innovations: changement d’interface, possibilité de faire des vidéos, accès a l’Apple Store, contrôle vocal, caméra frontale, écran Retina…
Mais, désormais, à part un écran plus grand, une meilleure optique, un moteur de vibration amélioré et un design plus fin, le dernier iPhone n’a plus rien de novateur. La marque créée par Steve Jobs semble maintenant se concentrer sur l’amélioration de l’aspect esthétique de l’iPhone plutôt que sur ses fonctionnalités. Apple commence à perdre sa réputation de fabricant révolutionnaire: les possibilités d’amélioration de son produit phare semblent épuisées.

Des prix prohibitifs
Apple est aussi victime de son image. Malgré une identité visuelle qui se veut casual et simple, l’image d’Apple n’est pas celle d’une marque «bon marché». Apple a toujours été plus cher que ses concurrents. En effet, tandis que les autres constructeurs sortent une grande variété de modèles différents, Apple fait figure d’exception: peu d’appareils, mais tous de qualité.
Et cette qualité a un coût qui deviendrait presque prohibitif. Les prix ne cessent de grimper. À chaque modèle, la somme à débourser augmente. Le prix de l’iPhone 5S s’élève à 719 dollars pour un modèle 16Go.
Même les anciens modèles iPhone d’occasion restent plus chers que certains téléphones intelligents neufs des marques concurrentes.
Cependant, la volonté de toucher d’autres marchés se fait de plus en plus ressentir et l’iPhone 5C, version low cost du 5S coûtant 100 dollars de moins, devrait permettre aux mécontents de profiter tout de même du nouvel iPhone mais à un moindre coup. Néanmoins, perdre l’aura «luxueuse» propre à ce produit ne plaira pas aux consommateurs de la première heure, qui désirent conserver une sorte d’élitisme.

Un système restrictif
En plus de devoir mettre la main au porte-monnaie pour pouvoir s’offrir les services de l’iPhone, il est indéniable que les utilisateurs des produits Apple sont cloisonnés par la marque. Là où le principal concurrent de la marque à la pomme, Android, propose un système que l’on peut qualifier «d’ouvert», iOS et les conditions d’accès à l’AppStore sont très restrictives. Comme le souligne Pascal Grandmaison du Figaro: «Apple ne vend pas seulement un produit mais un mode de vie».
Une véritable «communauté» s’est constituée autour des produits Apple: ses membres se procurent téléphones, ordinateurs et baladeurs MP3 dans les Apple Store (ou les appareils sont vendus en exclusivité), ils achètent applications et logiciels pour Macbook et iPhone sur l’AppStore, acquièrent leur musique sur l’iTunes Store, et l’écoutent avec iTunes. Grâce à toutes ces contraintes, Apple s’offre la possibilité de maîtriser plusieurs dimensions de l’économie des nouvelles technologies, et d’empocher les revenus qui vont avec.

Un déclin prochain?
Pas besoin d’être féru des produits Apple pour constater que l’écart entre les sorties des nouveaux iPhones s’amenuise depuis quelques temps. Inutile de rappeler que l’iPhone 5 est sorti en septembre 2012, soit il y a seulement un an.
Serait-ce un moyen d’accaparer l’attention d’un consommateur désireux de toujours posséder le dernier iPhone en date, oubliant ainsi la fonction première du téléphone (communiquer, être connecté), l’absence de réelles nouveautés, les prix qui grimpent et le monde restrictif d’Apple?

À l’heure où les premières rumeurs sur l’iPhone 6 commencent à enfler, et malgré le fait que le succès soit toujours au rendez-vous, les perspectives futures de la gamme iPhone commencent à devenir floues.

 
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