Une galerie pas si Net
24 septembre 2013 - Image par Romain Hainaut
Cedezlepassage.com dématerialise l’exposition photo.

La fin de semaine dernière, Le Délit est allé voir une exposition particulière bien que «voir» ne soit peut-être pas le terme approprié. Effectivement, cette dernière ne se situait pas dans une petite galerie hipster de Griffintown. Nous n’avons pas non plus remonté le boulevard Saint-Laurent à vélo pour atterrir dans le Mile End. À vrai dire, Le Délit est resté au bureau.

Bien installé dans les sous-sols du bâtiment Shatner, nous avons ouvert un navigateur web et tapé cedezlepassage.com pour découvrir la nouvelle exposition du jeune photographe québécois Simon Belleau, fraîchement diplômé de l’Université Concordia et actuellement en Maîtrise au Art Institute de Chicago.

Le mandat de cedezlepassage.com est simple: créer un «espace virtuel d’exposition et de références en photographie pour la relève québécoise». L’idée n’est pas compliquée et semble géniale. Au lieu que les jeunes talents se ruinent pour louer une galerie, ou qu’ils ne s’offrent qu’une visibilité restreinte via un blog ou un site officiel, les voici rassemblés sur une plateforme qui leur est dédiée, où leur œuvre est diffusée à moindre coût.

Au programme ce mois-ci, une série de photos sur la nature prise par Simon Belleau et les liens que nous entretenons avec cette dernière. Baptisée Isjberg, cette série de seize clichés interpelle par son côté mystique: un chien blanc sur fond blanc, des blocs de glace dans l’immensité islandaise, des nuages sombres rappelant le nuage du volcan Eyjafjallajökull. Ces photos sont belles (triste jugement de valeur, je vous prie d’excuser mon statut de non-initié), elles marquent l’esprit, on les accrocherait au mur de sa chambre, mais il manque quelque chose.

L’espace d’exposition ne va pas. On est devant un diaporama d’images, on appuie sur la flèche de droite pour passer à la suivante, on peut plier l’affaire en deux minutes chrono. Chose impossible dans une galerie, à moins de courir d’un bout à l’autre de la salle en tournant la tête pour essayer de profiter de l’exposition.

Peut-être que la plateforme n’est pas destinée au grand public mais aux professionnels de la photo; à ceux qui chercheraient à dénicher des talents émergents sans bouger de leur canapé. Dans ce cas-là, tant pis pour nous. Mais pour que cedezlepassage.com soit réellement un espace artistique, et non pas seulement un moyen de communication, il faudrait une certaine esthétique, une certaine organisation de l’exposition, comme la galerie et son conservateur. Même avec ça, il manquerait encore quelque chose, un vecteur de lien social, un véritable contact entre l’artiste et son public. Ça, Internet ne peut pas le remplacer.

 
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