Mon pays, c’est l’hiver
11 mars 2013 - Image par Fanny Devaux

Tout élève international s’est déjà demandé au moins une fois pourquoi Montréal avait été sa destination d’études. Si la ville est connue pour sa vie nocturne hors-pair, ses alentours magnifiques et un fin mélange  d’Europe et d’Amérique, si McGill est une université de renommée mondiale, une chose semble toujours faire râler : l’hiver.

La Ville de Montréal (VM), qui gère tous les services offerts aux citoyens de la ville, n’en est pas à ses premières intempéries. Concernant la neige, son site web indique qu’une moyenne de 137 000 tonnes de fondants et abrasifs sont versées sur les routes et trottoirs de Montréal chaque année. 172 appareils spéciaux sont utilisables de jour comme de nuit. 3000 employés sont nécessaires pour les opérations de déblaiement, qui ont lieu cinq fois par hiver.

Au total, 145 millions de dollars sont dépensés en moyenne chaque année pour faire en sorte que la ville reste «en marche» et que tout habitant puisse se rendre sans difficulté à son lieu de travail.

En effet, un service rapide et efficace est vital pour Montréal, dont l’économie souffrirait si les routes n’étaient pas déblayées plusieurs fois par jour, et si les piétons étaient incapables de s’engager sur les trottoirs.

 

Pas qu’une question de déneigement

La neige est cependant loin d’être le seul problème que rencontre la VM durant les périodes de grand froid. De vrais problèmes sociaux sont en jeu, comme celui  des sans-abris, les dégâts dus à la neige et à la glace, ou encore les accidents qui varient d’une simple glissade sur le trottoir à des collisions mortelles entre  voitures.

Le journal Métro annonçait le 22 janvier dernier la mort d’un itinérant dû au froid, malgré les nombreuses ressources mises en avant pour offrir un toit à tout sans-abris. L’année dernière, c’était un homme de 55 ans qui perdait sa vie, trop mal couvert par son sac de couchage. L’article semble apparaître tous les ans, après la première vague de froid de Janvier.

Devant de telles conditions, plusieurs associations ont vu le jour, pour donner aux sans-abris une chance de voir un nouvel été. Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) regroupe par exemple plusieurs organismes et se focalise principalement sur «l’information, la formation, la sensibilité [et] l’action communautaire», selon leur site web, pour travailler de façon efficace avec les itinérants, jour après jour. Jointe au téléphone, l’association a expliqué au Délit que son rôle était de «mettre les itinérants en relation avec les services de la ville, comme les Centres d’hébergement d’urgence», ouverts seulement pendant la période de grand froid, de décembre à avril.

 

Pas tous un toit

D’autres associations sont présentes tout autour de Montréal, et McGill n’est pas une exception. Des étudiants sont effectivement membres de l’association caritative Dans La Rue, qui vise à «aider les jeunes à survivre dans la rue et à se remettre sur pied», selon le site officiel. Quelques étudiants ont d’ailleurs décidé de montrer leur soutien aux jeunes sans-abris en dormant pendant cinq jours devant la bibliothèque du bâtiment McLennan. Malgré l’environnement sécuritaire qu’est le campus, et la possibilité de retourner dans leurs chez-soi en cas de très basses températures, une manifestante dit «avoir une idée de ce que les jeunes itinérants endurent tous les jours». Ces associations sont des centaines au Québec, nécessaires pour des personnes souvent délaissées et oubliées par ceux qui ont un toit où se réfugier.

Si leurs services sont «les mêmes tout au long de l’année», les pompiers doivent aussi faire face à des problèmes propres à l’hiver. En entrevue avec Le Délit, Martin Farmer, chef des opérations du Service de sécurité Incendie de Montréal (SIM), explique que le centre d’appel répond à «120 000 appels durant l’hiver», bien que cela soit pour toute sorte d’incidents.

En revanche, il précise que les équipes doivent faire face à un, voire deux feux domestiques chaque jour. Spécialisé dans des interventions à haut risque, Farmer indique que «les feux d’hiver sont beaucoup plus spectaculaires» et sont responsables de plusieurs victimes tous les ans. Habitués à ces accidents, le système d’intervention du SIM est «très rapide;  il ne suffit parfois que de deux ou trois minutes pour qu’un camion ne soit sur le terrain».

La logistique est cependant très différente des feux de forêts dont est victime le Québec; à cause du froid, les combinaisons sont rapidement inutilisables, sans mettre la vie des pompiers en péril. Il faut donc remplacer les équipes régulièrement et des stocks d’équipements doivent toujours être prêts à être utilisés.

 

Rien qu’une glissade

La glissade occasionnelle, lors de l’ascension de la rue Peel vers le bâtiment McIntyre, est devenue si normale que les gens autour n’y font même plus attention. Des accidents plus graves ont cependant lieu chaque année sur les routes du Québec, à cause de la neige et du verglas. Selon la Société de l’assurance automobile du Québec, 28 personnes ont trouvé la mort en janvier 2012 sur les routes, contre 24 dans le même mois l’année d’avant.

Si les nombres semblent plutôt bas par rapport au reste de l’année (43 morts en juillet 2012), c’est parce que le gouvernement est catégorique sur les mesures de prévention. Tout véhicule a en effet l’obligation d’avoir des pneus neiges pendant la période de grand froid, sous peine d’une amende qui varie de 200 à 300 dollars. Malgré ça, les services d’urgence sont souvent visibles sur les bords de routes, pour intervenir dans les conditions les plus difficiles.

Pour beaucoup d’étudiants, l’hiver rime avec moufles, manteaux de fourrures et pas chancelants sur le verglas qui recouvre les trottoirs. Cependant, la ville de Montréal doit faire face à des problèmes de plus grande envergure que peu de villes de cette taille à travers le monde connaissent. Avec les années, les services se perfectionnent, mais les refuges pour sans-abris seront toujours bondés, et les pompiers feront toujours plusieurs interventions dues à des accidents causés par la neige et le froid. L’hiver à Montréal, c’est clair, ce n’est pas que du déneigement.

 

Pour les étudiants McGillois

La vie de l’hiver peut être un véritable défi pour certains, notamment pour les étudiants qui immigrent au Canada. L’hiver provoque des dépenses personnelles et certains n’ont pas la possibilité d’intégrer ses coûts à un étroit budget étudiant. L’organisation de l’Université en général est modifiée, maisMcGill propose des services qui s’adaptent aux conditions météorologiques, parfois rigoureuses.

Tous les jours, l’aumônerie de McGill accueille des étudiants pour partager des boissons chaudes et combattre l’hiver. Madame Disano, la coordonnatrice de l’Aumônerie, rappelle qu’il y a plus de 8000 étudiants internationaux à McGill et que certains d’entre eux n’ont jamais “connu de vrai hiver avant de venir à Montréal”. L’aumônerie a mis en place un programme spécialement créé pour les étudiants internationaux qui viennent au Canada pour la première fois et qui ne sont pas prêts a faire face au froid. Ce programme propose des manteaux peu ou pas portés gratuitement pour les étudiants internationaux. Il permet de donner jusqu’à 500 manteaux chaque année.  Le service aux étudiants étrangers (SEE) propose des sessions d’informations sur la façon de gérer l’hiver. Des conseils et astuces qui peuvent paraître futiles pour les canadiens sont parfois vitaux pour les étrangers. Par exemple, limiter le temps dehors.  “Voyages Campus” souligne que durant l’hiver les étudiants partent plus, pour combattre le blues de l’hiver. Que ce soit au ski ou dans le sud, ils partent pour faire le plein en vitamine D.  L’hiver a aussi des conséquences psychologiques dues entre autres au manque de cette vitamine. Cela peut se manifester à travers des troubles du sommeil, du stress supplémentaire, des difficultés pour se concentrer – ce que le site des services de Santé Mentale de McGill appelle le ¨winter blues¨. On pourrait minimiser les effets d’un environnement qui, l’espace de quelques mois, devient plus rude et moins agréable, et participe à la création d’une forme de malaise chez certains étudiants. Il est possible de prendre des rendez-vous, du lundi au vendredi, dans le bâtiment Brown, aux services de Santé Mentale.

La flexibilité des services de McGill à l’hiver et la mise en place d’une politique de ville différente selon les saisons fait de l’hiver montréalais bien plus qu’une différence de température. Si le coût de l’hiver est impossible à chiffrer précisemment, il est sûrement conséquent.ξ

 

 
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