728 et compagnie
25 février 2013 - Image par gracieuseté 99%
Présenté à l’UQAM, le film Dérives dénonce la brutalité policière du Printemps érable.

S’il existe des témoins fiables de l’histoire, les arts en font sûrement partie. Ainsi, au vu de la vague de créativité provoquée par le Printemps érable et qui commence à peine à déferler, on peut sans doute en conclure que la grève étudiante de l’année passée restera dans la mémoire collective pour un petit bout de temps. Cette année, de nombreux livres, articles, vidéos ou encore expositions de photos ont été publiés ou organisés, relatant les événements de 2013. De nombreux angles ont été abordés par les artistes ou les médias, mais il restait encore un aspect des grèves étudiantes sous-médiatisé: il s’agit de la brutalité policière. C’est maintenant chose faite, avec la sortie d’un montage documentaire sur la  violence subie par les manifestants du Printemps érable de Michael Fortin, Éric Robertson, Bérénice Steevenson et Samer Beyhum, présents à la projection de leur film à l’UQAM le jeudi 21 février.

Le film, disponible sur Youtube, est le premier véritable documentaire sur le Printemps érable, en contraste avec la multitude de vidéos amateures qu’on peut voir sur Internet. Le problème de ces dernières est que, bien qu’elles soient des sources d’information sur certains moments particuliers, elles  ne rendent pas compte de la progression du conflit de manière analytique, et en particulier de la montée de la violence du côté des forces de l’ordre. Ainsi, une personne à Toronto regardant une vidéo du Printemps érable sur Youtube ne bénéficiera pas d’une vue générale des événements, et classera ce qu’il a vu comme une autre vidéo d’«émeute» parmi tant d’autres. Les réalisateurs de Dérives ont produit leur film grâce à des vidéos trouvées sur la toile, montées de manière chronologique afin de raconter le Printemps érable à ceux qui n’y ont pas participé: «Dérives donne un aperçu de ce qu’on a vécu, aux gens qui n’y étaient pas», dit ainsi Éric Robertson.

L’idée est surtout de dénoncer l’escalade de la violence policière et le fait que cette dernière a trop souvent été excusée, voire approuvée dans les médias conventionnels. Au début du film, on peut d’ailleurs lire: «Ce film est dédié aux plus de 3 400 arrêtés et aux innombrables blessés du Printemps érable.» Au sujet du film, Gabriel Duchesneau, qui a dû être hospitalisé l’année dernière suite au traitement du SPVM, pense que «c’est très bien monté, mais je ne pense pas que ça va changer les idées du gouvernement». Puisque les deux tiers du documentaire sont en fait des vidéos amateures tirées d’Internet, les réalisateurs affirment modestement que le film appartient au public autant qu’à eux: «C’est une idée de médias du XXIe siècle, si vous avez une caméra sur vous, vous faites aussi partie de 99% [la maison de production de Dérives]», selon Michael Fortin.

Les réactions du public lors de la projection laissent d’ailleurs deviner que beaucoup se sont reconnus émotionnellement dans les images, où ont reconnu leurs propres vidéos. C’est seulement en sortant de ce film que je me suis rendu compte de l’ampleur des évènements de l’an dernier, et du nombre de personnes qui y ont pris part. Ce fut en quelque sorte notre «Mai’68», dont on se souviendra longtemps. Cependant, le thème de la violence policière et les abus qu’on a pu voir l’année dernière n’ont été que très peu débattus ou dénoncés dans les médias nationaux. Espérons donc que Dérives lèvera le voile sur cet aspect délaissé du Printemps érable.

 
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