De la musique avant toute chose?
5 février 2013 - Image par Jose Verhaegh
Le trompettiste Marco Blaauw poursuit l’année de la musique contemporaine à McGill.

C’est seul sur scène que Marco Blaauw ouvre le concert de la salle Tanna Schulich ce samedi 2 février. À ses pieds, plusieurs instruments sont posés; tous ressemblent de près ou de loin à des trompettes, mais on ne sait pas tout de suite ce qu’ils sont réellement, et ce n’est qu’à la lecture du programme qu’on les découvre. Cornet, trompettes à pavillons doubles, conques, cornes de bélier. Le spectacle n’est donc pas seulement sonore, il est aussi visuel et chaque nouvel instrument frappe tant par son aspect que par ses sonorités.

Étrange découverte
Marco Blaauw est un trompettiste hollandais membre de l’ensemble MusikFabrik de Cologne. Son travail, tel qu’il le présente pendant ce concert, cherche à explorer les possibilités de la musique contemporaine pour trompette. Blaauw est en effet également compositeur, et la pièce centrale du spectacle est une de ses propres œuvres. Il s’agit de Deathangel, morceau créé en 2012 et fondé sur des techniques d’improvisation et des jeux de résonnance entre deux conques. L’une est tenue par Blaauw sur la scène, l’autre par son accompagnatrice Christie Chapman qui, assise de l’autre côté de la salle, en haut des gradins, lui répond et amplifie cet état de résonnance. Un fond sonore électronique, enregistrement de «voix et bruit ambiant» tel qu’on peut le lire sur le programme, accompagne les échos des conques.
L’effet produit est particulier: les sons sont hachés et on peine à retrouver une ligne mélodique fixe et stable; et pour cause, la mélodie est parfois inaudible. C’est plutôt une impression, une atmosphère générale qui est créée dans la salle, et qui est souvent une tension voire une angoisse que le musicien se plaît à mettre en place progressivement. Les jeux sur les dissonances sont nombreux, les notes crissent les unes contre les autres. L’effet est surprenant quand on ne s’y attend pas, même si les techniques ont déjà été utilisées dans la musique contemporaine.

La recherche du contemporain
On se rend vite compte que le travail de Marco Blaauw est avant tout un travail de recherche constant. Les sons ne s’enchaînent pas de manière fluide, la réflexion du musicien se fait même pendant le concert, et une place importante est donnée au silence. Pendant plusieurs minutes parfois, c’est le silence qui prend la place des trompettes et des conques, qui s’intègre et fait, paradoxalement peut-être, partie de la musique. Les techniques de jeu de la trompette sont elles aussi explorées, le souffle est différent et les trompettes changent de timbre et de tonalité. La réflexion de Marco Blaauw s’illustre aussi par le questionnement autour de l’électronique: outre les voix et bruits enregistrés, Christie Chapman joue aussi un rôle important, puisqu’elle s’occupe, depuis une table de mixage, d’allier trompettes et musiques électroniques. Le duo interprète ainsi le morceau Aries de Karlheinz Stockhausen, créé entre 1977 et 1980 et originellement écrit pour «trompette et électronique».

Ce travail invite tout un chacun à se demander ce que peut bien être le «contemporain» en musique. Le mariage d’un instrument classique comme la trompette et des platines de la musique électro a été souvent mis en scène depuis les années 1980, et développé notamment par le groupe de violoncellistes Apocalyptica ou par le violoniste allemand David Garrett qui adapte au violon des grands classiques du rock.
Le contemporain serait-il donc le mélange des genres? Même la présentation du concert de Marco Blaauw semble appuyer cette hypothèse: on peut en effet lire dans le programme des références aussi bien à Kandinsky qu’à Goethe. Le Duo pour trompette à pavillon double écrit par Rebecca Saunders en 2004 et interprété ce soir-là s’inspire de la théorie des couleurs et travaille notamment autour de la symbolique du bleu. Ce mélange des genres et des arts n’est d’autre part pas propre à la musique contemporaine, puisque la littérature comme la peinture semblent aussi prendre ce chemin. Cependant, cette réponse est loin d’être fixe, et Marco Blaauw montre justement que la contemporanéité reste avant tout une grande question et une recherche toujours en mouvement.

 
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