ABC : MTL
5 février 2013 - Image par Thomas Simonneau
Montréal mise à nue au Centre Canadien d’Architecture

Comme à son habitude, le Centre Canadien d’Architecture offre aux Montréalais la chance de découvrir gratuitement une exposition temporaire qui ne manque pas d’adeptes en ce climat glacial. Cette dernière exposition met en perspective les caractéristiques architecturales de la métropole contemporaine sous la forme d’un abécédaire, d’où son nom. C’est donc grâce à des maquettes, des photographies, des vidéos, des essais et des dessins que l’on découvre cette ville unique sous un angle à la fois familier et surprenant. Le processus ne manque pas de rappeler la singularité de cette ville ainsi que son aspect esthétique qui ne vient pas forcément à l’idée lorsqu’on évoque le nom de Montréal.

Le 31 janvier 2013, nous avions également la chance d’assister au lancement de la nouvelle partie d’«ABC : MTL», qui inaugure l’exposition Par les rues. Celle-ci a la particularité de se limiter à la salle octogonale du CCA, qui n’a d’ailleurs rien d’extraordinaire. On y contemple une trentaine de clichés pris tout au long du 20e siècle et représentant les aspects de la vie quotidienne à Montréal ainsi que ses lieux mythiques. Les monochromes dévoilent par exemple une vue panoramique du Mont-Royal, un salon de coiffure rétro, une charcuterie hongroise sur St-Laurent ou encore une rue McTavish enjolivée par de vieilles berlines américaines que beaucoup rêveraient de posséder aujourd’hui. Bien que Par les rues laisse la plupart des spectateurs ou bien rêveurs d’une époque qu’ils n’ont pas connu ou bien nostalgiques d’un temps révolu, elle permet aussi au public de mieux comprendre cette ville unique sur le plan culturel, économique et politique. En effet, certaines images montrent l’existence d’un complexe industrialo-portuaire important au cœur d’une métropole florissante ou même le cosmopolitisme formidable présent tout au long du boulevard St-Laurent et qui persiste encore de nos jours. Inutile de préciser que Par les rues vaut donc bien le détour, surtout pour des étudiant mcgillois curieux et désirant mieux connaître l’agglomération dans laquelle ils vivent. Pour l’inauguration, le public avait même la chance d’assister à une performance du DJ CFCF et à un mix de DJ Jordan qui ne manquaient pas de piquant. Cult MTL, le mensuel qui a pour vocation de faire connaître la scène culturelle montréalaise, lançait son numéro de février en cette occasion.

Le cœur de l’exposition, lui, se présente sous la forme d’un abécédaire urbain. Jolie expression qui définit simplement une variété de supports conçus par des artistes, étudiants, architectes, sculpteurs et autres créateurs talentueux de la métropole. Parmi eux, Melvin Charney, architecte, théoricien et artiste qui façonna Montréal grâce à son ingéniosité et sa créativité. Ce dernier est notamment le créateur du jardin du CCA. La majeure partie de son œuvre développe l’idée que «la rue constitue la richesse fondamentale de la ville». On y découvre également un projet des d’étudiants en architecture à McGill intitulé «Feeling Orange» qui suggère une relation entre le corps humain, les émotions et la structure de certains projets urbains. Une grande partie de leur travail se fait par l’étude de l’ossature de la ligne de métro orange et la juxtaposition de vues photographiées à la surface et sous la terre, le long de cette ligne. L’objectif est de «saisir les atmosphères psychologiques et la cognition sensorielle, pour faire du corps l’ancrage de la représentation urbaine». Enfin, on peut admirer des travaux appartenant aux 131 projets de «Montréal 2025» qui prônent le développement urbain et économique de la ville tout en incorporant les objectifs et les défis futurs comme le développement durable (voir photo). Pour terminer, un projecteur nous laisse apercevoir une vidéo prise d’un hélicoptère qui met en valeur le centre-ville de Montréal, ses tours et ses lumières, en pleine nuit.

Plus terre-à-terre, «ABC : MTL» illustre aussi le principe purement québécois du «raboutage». Celui-ci consiste à récupérer des matériaux usagés pour aménager son chez-soi. C’est en rafistolant, bricolant, raccommodant au mieux que le raboutage prend forme et permet aux Montréalais de faire des économies, s’exprimer et améliorer leur confort personnel. D’après un membre d’un collectif d’urbanistes en entrevue avec Le Délit, c’est «l’architecture de l’aubaine, de l’opportunité et des moyens du bord, un ensemble indifférencié, anarchique de petites solutions et de grands projets». Quelque chose de ludique, utile et peinard comme les Québécois savent si bien faire.

En guise de conclusion, il est sûrement utile de préciser que cette exposition, bien que retraçant en partie l’Histoire architecturale de la métropole, s’ancre dans un mouvement majoritairement tourné vers l’aménagement futur de la ville. En effet, l’idée est de percevoir la métropole telle qu’elle est aujourd’hui, de s’inspirer de son passé ainsi que de sa métamorphose quotidienne pour ensuite concrétiser des projets réalistes, durables et aux plus proches des besoins de l’environnement et des habitants. Cela dit, quelque soit le futur de notre chère agglomération, «ABC : MTL» est une exposition qui ne court pas les rues et qui mérite tout son succès.

 
Sur le même sujet:
9 septembre 2008
9 septembre 2014