Je suis une fédéraliste molle
16 octobre 2012
Court-circuit politique

J’ai mal à ma fédération et c’est peu dire.

J’ai toujours  eu la volonté de défendre la fédération canadienne aux yeux de la souveraineté québécoise. J’ai longtemps résisté à la tentation passagère de perdre la foi et de me transformer en transfuge malgré moi. En vain, je suis devenue une fédéraliste molle.

«Assez, c’est assez» a dépassé le seuil de son dire. Voilà pourquoi je vous invite à me suivre et à rejoindre le camp des fédéralistes mous.

Mais comprenez-moi bien, être une fédéraliste molle n’implique pas pour autant un changement de camp radical. S’identifier ainsi stipule au contraire une ambivalence inévitable dans le paysage politique actuel.

Certitude numéro un: Stephen Harper n’est pas un fédéraliste. Disons simplement qu’il milite pour les profits albertains, ainsi que pour avoir son nom en gras à la page deux du recueil sur le «Nouveau Canada», en tant que premier Empereur du Oh-Canada-terre-de-nos-sables-bitumineux. Fervent défenseur de la fédération canadienne, Pierre-Elliott Trudeau doit présentement se retourner dans sa tombe.

Certitude numéro deux: Stephen Harper ignore la démocratie. Vous avez eu vent de la rentrée parlementaire? Comme l’a rapporté Aaron Wherry dans le Maclean’s, le gouvernement conservateur s’est apparemment passé le mot d’attaquer Thomas Mulcair par rapport à une supposée taxe sur le carbone. Subséquemment, à chaque question de l’opposition, on rétorque avec cette taxe. Par exemple, lorsque la députée néo-démocrate Linda Duncan a questionné le gouvernement Harper concernant ses dépenses publicitaires, Tony Clement a exigé de Madame Ducan qu’elle s’excuse sur l’imposition de cette soi-disant taxe.  On se croirait aux Parlementeries.

Certitude numéro trois: Pauline Marois ne fera pas la souveraineté québécoise. Surprise! Alors pourquoi ne pas tronquer le fédéralisme et se joindre aux rangs péquistes? Après tout, avec la taxation rétroactive, les riches vont déguerpir; puis, avec la fermeture de Gentilly-II, une coalition opportuniste verra le jour entre les Libéraux et les Coalisés. Autrement dit, l’indépendance du Québec n’est pas pour demain.

Certitude numéro quatre: le Québec n’est pas Stephen Harper. Fini le déni. Voyons la réalité telle qu’elle est: une province orange dans un pays bleu. On dirait presque une œuvre de Claude Monet. Or, comme l’impressionnisme, qui se définit par des impressions fugitives, les fédéralistes québécois et francophones doivent fuir une fédération expirée et désuète.

***

C’est alors avec jubilation que j’ai accueilli les propos de Justin Trudeau qui a  déclaré intempestivement qu’il préférerait un Québec souverain à un Canada sous Stephen Harper. Et dans cette optique s’inscrivent les sages paroles de la députée néo-démocrate Hélène Laverdière, telles que prononcées lors d’une entrevue accordée au Délit: «J’ai mal à ma démocratie». (Volume 101, Numéro 20, 13 mars 2012)

Somme toute, la situation politique à Ottawa sert malencontreusement de catalyseur souverainiste. Bien que je refuse de croire que la souveraineté québécoise ne puisse se réaliser que sur des bases contextuelles, je ne peux nier que je suis enfin devenue une fédéraliste molle.

À tous mes amis incertains de ce coming-out soudain, je vous réponds sereinement : «Advienne que pourra ».

 
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