Vingt vaincu au vin – Le Délit
Vingt vaincu au vin
Par · 18 septembre 2012
Je me rappelle bien tendrement cet âge naïf où je croyais qu’à l’âge que j’ai aujourd’hui j’aurais terminé de mettre toutes mes idées au clair…

À six ans, je voulais être testeur de matelas -, au travail j’aurais pu dire «une petite sieste, et allé hop! Au lit!».

À huit ans, je voulais être pape – une robe de chambre en soie pour uniforme, un beau chapeau et du vin de messe Bordelais (reserve spéciale).

À douze, je voulais être pilote de chasse – lunettes de soleil, blouson en cuir, grosse moto à la Top Gun et sûrement une belle ribambelle de demoiselles qui se débattraient pour s’attacher à mon cou.
Maintenant, à la veille de ma vingtième année, je veux tout simplement être libre, riche et heureux (on me dit que les trois vont très bien ensemble). Le travail, l’université, l’Independence; beaux mots prononcés par mes chers Darons. «Travail fort à l’école! Tu ne veux pas te retrouver à 20 ans à travailler dans un MacDo

Comme un jeune légionnaire romain, j’y suis allé de main forte au travail; «Trouves-toi des passions!», qu’ils disaient, «fais du sport», qu’ils disaient, «tu ne veux pas te retrouver gros, gras et célibataire à 20 ans», qu’ils disaient, ces chers parents. Le problème avec les passions, c’est qu’on ne veut pas s’investir pour rien. On ne veut pas faire acheter tout l’équipement de hockey à ses parents pour signer avec les Maple Leafs de Toronto, tout de même!

Alors, qu’est-ce que c’est que le succès?
Eh bien, à quatre ans, le succès, c’est de ne pas salir son slip.
A dix ans, le succès, c’est d’avoir des amis.
A seize ans, le succès, c’est d’avoir son permis.
A vingt ans, le succès, c’est de pouvoir faire l’amour.
A trente ans, le succès, c’est d’avoir de l’argent.
A quarante ans, le succès, c’est de mener une vie folle.
A cinquante ans, le succès, c’est d’avoir de l’argent.
A soixante ans, le succès, c’est de pouvoir faire l’amour.
A soixante-dix ans, le succès, c’est d’avoir son permis.
A quatre-vingt ans, le succès, c’est d’avoir des amis.
A quatre-vingt-dix ans, le succès c’est de ne pas salir son slip.

Ce cercle vicieux, je le sens déjà à 19 ans (20 ans demain!), mes parents l’ont entamé: «Voyons, Simon, manges! Tu es tout maigre pour ton âge – et tu as trouvé du travail? Franchement, c’est bien beau l’écriture, mais j’en connais qui ont le courage d’aller travailler chez MacDo au lieu d’écrire, eux!».

Je ne leur reproche rien, à mes doux parents, mais, pour l’instant, je ne veux plus penser a mon âge – alors je préfère laisser tomber le vingt et lever mon vin «à la modération en toute chose!». Y compris la modération – bien sûr.

 
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