La vie est une chose sérieuse
1 février 2011
Étonnante science

La création, manipulation et cessation de la vie ont depuis toujours soulevé des questions éthiques qui restent encore aujourd’hui sans réponse, puisque la morale elle-même échappe à toute définition objective lorsqu’on la questionne. L’utilisation de cellules souches dans la médecine et la recherche est aujourd’hui synonyme de remède, tout comme de meurtre.

Les deux mots se font écho alors qu’un combat a lieu entre ceux qui souhaitent sauver la vie d’individus malades et ceux qui souhaitent préserver la vie d’individus qui ne sont pas nés. Il est important de comprendre que ces cellules correspondent à une population unique de cellules primitives ayant la capacité de se multiplier à l’infini et de se différencier vers n’importe quelle lignée cellulaire. Il en existe plusieurs, mais toutes ont en commun cette capacité inouïe de devenir n’importe quel organe, s’intégrer à n’importe quel système du corps pour le régénérer et guérir ce qui n’est plus fonctionnel.

Alors que la polémique sur l’utilisation de cellules souches à des fins thérapeutiques fait rage depuis quelques années, la connaissance de l’existence de ces cellules, ainsi que des possibilités qu’elles offrent, n’est pas récente. Les premières preuves de leurs capacités régénératrices remontent aux années soixante lorsque la présence de cellules souches adultes fut détectée dans la moelle osseuse. Quelques années plus tard, elles furent utilisées avec succès lors d’une transplantation pour guérir un cas d’Immunodéficience Sévère. Ce n’est que dans les années quatre-vingt que des scientifiques parvinrent à dériver des cellules souches embryonnaires à partir d’un fœtus de souris, puis en 1998 à partir d’un fœtus humain. Il n’en fallait pas plus pour lancer le débat.

En effet, si les cellules souches de moelle osseuse sont prometteuses, leur prélèvement est compliqué et douloureux: les risques de rejet ou de transmission de maladies sont élevés, car la greffe nécessite une compatibilité parfaite entre le donneur et le receveur. Les cellules embryonnaires n’ont pas ces inconvénients. En plus d’avoir un plus grand potentiel de différentiation, leur capacité de prolifération est accrue. Peut-être même trop, puisqu’il y a toujours un risque de causer un tératome (un type de tumeur).

La problématique majeure des cellules embryonnaires, cependant, réside dans leur origine. Elles sont issues de la masse intérieure de l’embryon et leur extraction rend impossible le développement futur de l’embryon. Des opposants à l’utilisation de ces cellules, pour des raisons éthiques, ou encore pour des questions d’ordre religieux, considèrent, pour certains, que ces cellules possèdent une âme et que la destruction d’un embryon est comparable aux pratiques d’expérimentation nazies. Dans un certain sens, elles sont vivantes, se multiplient et possèdent l’ADN d’un être humain complet.

Est-ce assez pour en faire un individu, sujet conscient de sa condition humaine? Il faut  savoir que ces embryons sont des «surplus» que l’on trouve dans les cliniques de fertilité. Après qu’une médicamentation a provoqué chez la femme la création d’une douzaine d’ovules matures qui seront tous fertilisés, seulement deux à quatre embryons seront implantés, tandis que les autres sont conservés indéfiniment ou jetés sans jamais avoir la possibilité de développer ne serait-ce que l’esquisse d’un système nerveux.

Le débat encore aujourd’hui s’enlise autour d’une synecdoque morale, les uns prenant la cellule pour l’âme et les autres ramenant le corps à une cellule. Heureusement pour la science et la médecine, un espoir existe de concilier les deux parties. Il s’agit des cellules souches du sang de cordon ombilical. En plus de ne créer aucun scandale moral, l’extraction est simple et ne présente aucun risque pour le nouveau-né. Une trousse de prélèvement qu’une infirmière peut utiliser est fournie par une compagnie offrant de filtrer le sang et d’entreposer les cellules. Tous les êtres humains à la naissance possèdent un cordon ombilical et ont la possibilité d’avoir en réserve des cellules souches pouvant un jour leur sauver la vie. L’immaturité immunitaire permet une compatibilité plus large entre le donneur et le receveur. Ainsi, les parents ne souhaitant pas conserver les cellules peuvent en faire don. Les frais associés peuvent s’élever à plusieurs milliers de dollars, mais amortis sur au moins quinze ans d’entreposage, l’investissement est minime.

Après seize ans de recherches et d’utilisation, ces cellules ont permis la guérison de soixante-dix maladies différentes. En définitive, il s’agit d’une option importante à considérer par les parents en vue d’un accouchement en raison de l’incroyable potentiel de ces cellules et de leur incidence sur la médecine.

 
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