J’en ai marre
28 mai 2012

Trois mois; plus de 90 jours de manifestations, de luttes, de confrontations, de débats et de démonstrations publiques pacifiques. J’en ai marre. Plus que marre.

J’en ai marre que trop de gens s’informent mal et se bâtissent une opinion prémâchée par un média de masse sans réfléchir une seconde à qui transmet ces informations sensationnalistes et quel est leur but. J’en ai marre qu’une partie de la population se permette de critiquer les étudiants alors que ces derniers se battent tous les jours dans la rue pour faire respecter les principes fondamentaux de notre société qui sont plus que jamais bafoués. J’ai nommé, la démocratie et la liberté. À ces gens, je dis cessez de vous préoccuper de votre seul intérêt et descendez dans la rue ne serait-ce qu’un soir pour voir ce qui se passe en réalité. Analysez, réfléchissez et faites vous votre propre opinion. J’en ai surtout marre de sentir le besoin de vous rappeler qu’on ne se bat pas seulement pour nous, mais pour vous tous.

J’en ai marre de la police. Je n’en peux plus des fausses accusations faites aux étudiants qui sont accusés de méfaits. Marre qu’on procède à des arrestations de masse sans aucune raison valable. J’ai deux amis qui ont été arrêtés par les agents de la «paix» pour entraves au travail des policiers. L’entrave commise : ces deux étudiants qui manifestent pacifiquement depuis 3 mois ont eu le culot de demander calmement aux policiers quels étaient leurs noms. Résultat : menottes, sièges exclusifs réservés aux «dangereux» sur la banquette arrière des voitures de police et dossier criminel. Si ce n’est pas beau la liberté d’expression! Et ceci n’est qu’une histoire parmi des centaines d’autres.

On nous dit que les étudiants sont violents et que le mouvement est devenu dangereux. À ceci je réponds que si on en est rendu là, c’est parce qu’on ne nous a simplement pas écouté et pris au sérieux et que le Service de Police n’agit pas en ce moment comme agents de la paix, mais comme agent de la terreur. On nous demande de dénoncer la violence alors qu’on nous gaze et nous attaquent sans aucune raison.

Vendredi soir le 18 mai s’est déroulé une très belle manifestation pacifique, sans doute une de celles dont la foule était la plus diversifiée dans l’épopée étudiante. Sans doute une de celles qui m’a le plus touchée. Il y avait des étudiants, certes, mais il y avait beaucoup si ce n’est pas autant de gens de tous les âges et de tous les horizons qui sont venus pour une dernière fois manifester librement contre ce gouvernement qui essaie de nous dompter avec ses lois spéciales anti-démocratiques. Environ 45 minutes après le début de cette manifestation pacifique, nous sommes arrivés à l’intersection des boulevards Saint-Laurent et René-Lévesque. Tout d’un coup, les yeux et la gorgent ont commencé à nous chauffer, les bombes ont commencés à être lancées, la foule s’est mise à paniquer. Apparemment, quelqu’un aurait lancé quelque chose aux policiers qui bloquaient la rue Saint-Laurent. Je soulève l’hypothèse que cette attaque des policiers était planifiée. Curieux hasard tout de même que ce soit survenu à l’intersection où se trouvait également un grand stationnement, endroit parfait pour nous coincer massivement et nous intimider. Bien curieux aussi que l’anti-émeute était positionnée au même moment sur une rue parallèle à l’est de Saint-Laurent pour bloquer tout échappatoire, rue vers laquelle la manifestation n’avait pas l’intention de se diriger. Plus de 20 minutes et 5 bombes lancées plus tard, les policiers ont cru bon de nous aviser que la manifestation était maintenant illégale. Je croyais pourtant qu’une telle annonce devait être faite avant tout chargement. Le respect des lois semble prendre un tout autre sens pour ceux qui les dictent. J’en ai marre de la répression et des abus de pouvoir. J’en ai marre d’avoir peur des policiers. Je m’indigne de constater que j’associe maintenant police à ennemi.

Mais ce qui fait que j’en ai marre de tous ces gens, c’est qu’à la fin de tout, j’en ai plus que marre de Jean Charest. Je n’en peux plus de son mépris, de son arrogance et de son ignorance. Je n’en peux plus de cette propagande libérale et d’être enragée à toutes les fois que Charest sort son éternel mensonge selon lequel les étudiants ne veulent pas collaborer, que la porte a toujours été ouverte pour la discussion. Je m’abstiendrai de tout commentaire en réaction à ces propos de peur de manquer de diversité dans les mauvais mots que j’emploierais.

Je ne peux plus endurer cette dictature qui impose l’obéissance à coup de matraques et de gaz, qui pousse les étudiants à bout et les provoque avec sa gendarmerie afin de mettre l’opinion publique de son côté en démontrant combien les étudiants sont des casseurs et des enfants rois.

Je n’en peux plus de cette attitude de corporation, de ce rapport de force qui s’amplifie, de cet état policier qui s’installe. Je ne peux plus entendre ce discours de politicien qui se veut à l’écoute, qui veut que tout le monde puisse aller à ses cours et selon lequel 70% des étudiants ne sont pas en grève. Je fais partie de ce 70%. Mon association étudiante a voté contre la grève, j’étais en faveur et je le suis toujours. Je suis loin d’être la seule dans cette situation. Ne pas être en grève ne signifie pas qu’on ne supporte pas ou qu’on ne participe pas au mouvement, loin de là. Je suis lassée qu’on me dise que les gens qui s’opposent à la grève se font intimider. Les gens qui encouragent la grève sont victimes d’encore plus d’intimidation ces jours-ci. Peut-être que certains étudiants se sentent intimidés lorsqu’on leur bloque la porte suite à une décision majoritaire, mais comment pensez-vous qu’on se sent, nous, lorsqu’on se bat tous les jours et que la population nous sert une bonne dose d’insultes? Est-ce qu’on se plaint de cette intimidation? Non. J’en ai marre de ces arguments rhétoriques minables.

S’il est vrai que seulement 30% des étudiants sont encore en grève aujourd’hui, je considère cela immense après tant de temps. Je me souviens du 22 mars, lors de la plus grande manif de tous les temps au Québec, où environ 75% des étudiants étaient en grève. Depuis, le monde de l’éducation a été confronté à des pressions, des injonctions et des réglementations. Je ne peux plus supporter cette absence de vision et de discernement.

J’en ai marre que nos élus soient hypocrites, menteurs, manipulateurs et égoïstes. Après 90 jours, je le confirme, le mouvement ne s’essouffle pas. Le mouvement s’alimente grâce à une bonne dose de frustration quotidienne. Monsieur Charest a brisé son lien de confiance envers la population. Vive la révolution, et que le peuple gagne.

 
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