L’envol des Ukrainiens
13 mars 2012
Le Lac des cygnes par le Ballet national d’Ukraine: une performance solide

La compagnie qui a été renommée récemment est mieux connue sous le nom de Ballet de Kiev. Elle compte une riche histoire depuis 1860 et les danseurs ukrainiens sont éparpillés dans les grandes compagnies de ballet du monde. La compagnie invitée par les Grands Ballets Canadiens a offert du 8 au 11 mars une performance qui a respecté toutes les règles de l’art, couronnée par l’excellent premier rôle d’Odette/Odile, interprété par Natalia Matsak lors de la représentation de vendredi dernier.

Photo: Alexandre Putrov
Fadeur et manque de tonus
Le rideau se lève sur la cour du prince, dans un décor mièvre et aux costumes paysans désuets pour les yeux nord-américains. La robustesse et l’homogénéité du corps de ballet féminin parvient toutefois à les faire oublier, alors que le corps de ballet masculin manquait généralement de tonus.

Denis Nedak, dans le rôle du prince Siegfried, a la noblesse et le lyrisme nécessaires pour exprimer la pureté des intentions princières. Sa technique est par contre plus faible: en dépit d’une bonne élévation et de la puissance de ses sauts, le danseur manque de précision, et ses mouvements sont mal définis. Le soliste Ievgen Lagunov arrive à éclipser ce dernier lors du «pas de trois», par son contrôle absolu, notamment lors des tours en l’air, et par la finesse de ses mouvements.

Lors du passage au deuxième acte, le même décor insignifiant devient soudainement majestueux grâce aux éclairages bleutés, conférant des tons aigue-marine envoûtants à la forêt et au lac enchantés. Le sorcier Rothbart, incarné par Jan Vania, a juste ce qu’il faut de sinistre et menaçant, sa technique étant aussi impeccable que celle de Lagunov.

Photo: Alexandre Putrov
Un duo émouvant
La rencontre entre Siegfried et Odette est émouvante, et c’est Natalia Matsak qui occupera le feu des projecteurs pour le reste de la soirée. L’exécution des pas est quasi parfaite, la danseuse se montre d’une exquise délicatesse et d’une belle retenue, les extensions sont hautes et les mouvements de bras de cygne sont aériens. Le «pas de deux» blanc ne déroge pas à la tradition et constitue un des meilleurs moments du ballet avec son romantisme raffiné.

Lors du bal au château médiéval, quatre princesses sans éclat font la cour à Siegfried, alors que Rothbart arrive avec sa fille Odile, vêtue d’un tutu noir somptueux, et qui se fait passer pour Odette. Des danses folkloriques slaves font patienter avant la perfide danse de séduction d’Odile.

Matsak réussit à se métamorphoser sans surjouer. Le menton est haut, le regard perçant, le sourire malicieux, mais tout en subtilité. Là encore, le «pas de deux» noir, l’élément central du ballet, est solide et d’une grande beauté, comme la série de fouettés bien exécutée, pas vraiment spectaculaire, mais propre.

La dernière scène fait la part belle au corps de ballet féminin, toujours constante, avec ses grandioses nuées de cygnes attristés par la promesse de Siegfried d’épouser Odile. La version du Lac des cygnes dansée par le Ballet national d’Ukraine opte cependant pour un dénouement heureux.

Soulignons l’interprétation réussie de la partition de Tchaïkovsky par l’Orchestre des Grands Ballets canadiens de Montréal et le premier violon Geneviève Beaudry, conduits par le chef invité Oleksiy Baklan.

Finalement, il s’agit d’un classique que les amateurs de ballet connaissent par cœur et le Ballet national d’Ukraine leur a bien servi l’enchantement qu’ils voulaient.

 
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