Raz-de-marée rétrograde
14 février 2012
Quelle place accorde-t-on à l'éducation dans le contexte de discours rétrogrades comme ceux du gouvernement conservateur et de l'administration de l'Université?

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu annonçait le 1er février dernier que les prisonniers condamnés pour meurtre devraient pouvoir choisir le suicide comme alternative à la prison à vie. Il s’est aussitôt rétracté, mais les écrits restent.

Presque d’un même souffle, le gouvernement conservateur admettait la semaine passée que les informations obtenues sous la torture pouvaient être considérées acceptables dans certains cas, lorsque des «vies sont en jeu» par exemple.

Si les informations acquises sous la torture sont considérées véridiques, cela signifie que des pratiques barbares et primitives sont pratiquées, et acceptées. Si le suicide assisté est accordé aux prisonniers, cela veut dire que le vieux débat sur la peine de mort au Canada devrait être remis sur la table. Dans ces circonstances, le raz-de-marée rétrograde semble sans limite.

Nous avons la chance d’être des étudiants de niveau universitaire. S’éduquer, c’est aussi apprendre pour ne pas répéter les erreurs du passé: évoluer vers quelque chose de meilleur. Reprendre le débat sur la peine de mort et admettre la pratique de la torture, c’est non seulement une atteinte à l’intelligence de tous les Canadiens qui croient au progrès, mais c’est aussi la preuve que le gouvernement Harper est une menace à la crédibilité du pays.

Avec ses prises de mesures draconiennes contre les jeunes contrevenants, sa détermination à acheter des avions de chasse et son engouement à jouer à la guerre sur divers fronts, le gouvernement canadien semble vouloir installer une anxiété populaire. Climat de peur oblige, il faut prendre les mesures nécessaires pour se protéger.

Selon le philosophe Thomas de Koninck, en entrevue avec Le Devoir hier, «Nous vivons dans une société très sécuritaire. La meilleure manière d’assurer la sécurité est préventive et c’est encore l’éducation. C’est l’approche préventive qui a fait progresser notre civilisation.»

C’est pourquoi lorsque l’armée affiche dans Le Délit, je frissonne. Promouvoir l’embauche d’étudiants universitaires dans les forces canadiennes, par le biais d’une publicité d’une page complète, me semble une manière d’encourager le discours abusif conservateur sur le besoin croissant de sécurité.

Malheureusement, il y a peu de journaux étudiants qui peuvent se permettre d’avoir une liste noire d’annonceurs. Dans les circonstances économiques actuelles, le comité éditorial du Délit a décidé qu’il n’a pas les moyens de refuser une publicité qui rapporte plusieurs centaines dollars par page pleine. Ou, du moins, ne s’en donne pas les moyens.

En espérant que le public universitaire, formé à penser, saura faire la part des choses lorsqu’il considérera les publicités des forces canadiennes.

Au sujet de l’occupation
Les tactiques rétrogrades utilisées par l’administration de McGill lors de l’occupation du sixième étage et en réponse aux insurgés font honneur à l’idéologie conservatrice. Peu préoccupée par les besoins humains de base, la stratégie de l’Université était «le déploiement progressif de mesures visant à réduire leur confort». On se serait cru dans un roman-feuilleton tourné à Guantanamo.

Le 13 février, des étudiants et le personnel de soutien sous la bannière de MUNACA manifestaient en réponse à l’éviction des occupants du sixième. Ils répondaient aussi au protocole intérimaire instauré par l’université qui veut restreindre les démonstrations d’insatisfaction sur le campus. Un protocole qui s’officialisera lorsque les consultations annoncées par le rapport Jutras auront eu lieu.

Pour l’instant, McGill est catégorique: «L’occupation de bureaux et d’espaces privés, de salles de cours, de laboratoires et de bibliothèques, entre autres, ne sera pas tolérée. Si toutefois une telle occupation avait lieu, et qu’en dépit d’une demande à cet effet, les occupants refusent de quitter les lieux, l’Université fera appel aux autorités civiles.»

L’éducation peut faire une différence dans la prévention des crises, mais il semblerait que McGill ait été un mauvais élève lorsqu’il a appris à mettre ce principe en application.

 
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