Thatcher, réaliste
17 janvier 2012
The Iron Lady est présenté avec quelques points de rouille.

Pour la plupart des étudiants en sciences politiques, en économie voire même en sociologie, il va sans dire que Margaret Thatcher, alias The Iron Lady (la Dame de Fer), est un incontournable. Elle est connue notamment pour ses réformes politiques, économiques et sociales au Royaume-Uni, pour ses féroces croisades contre le socialisme et l’Union Européenne, et pour les manifestations populaires à l’encontre de ses réformes. Aujourd’hui encore, les britanniques sont divisés entre admirateurs et détracteurs.

Gracieuseté de Alliance Film Medias

La particularité de ce film vient du fait que Margaret Thatcher est toujours en vie. Cependant, loin d’être une œuvre biographique comme a pu l’être The Young Victoria ce film raconte l’histoire d’une vieille dame aux prises avec des problèmes de démence qui revoit les scènes de son passé à travers différents objets, musiques, vidéos ou même conversations en essayant de surmonter le deuil de son époux Denis Thatcher. Meryl Streep, qui incarne Margaret Thatcher, réussit un tour de force pour nous transmettre toute la douleur liée à la perte d’un être cher, et à la poursuite de sa vie dans une solitude exiguë. La solitude et le deuil de Margaret Thatcher sont jumelés à une aggravation de la démence dont elle est victime et aux apparitions hallucinées de son défunt mari qui concordent avec les flashbacks sur sa vie précédente en tant que Dame de Fer de l’Occident.

C’est ainsi que la première femme ayant occupé le poste de premier ministre d’une nation occidentale est dépeinte avec énormément de plomb dans l’aile. Celle qui a fait trembler les fondements de la société britannique se montre fragile, frêle, voire même impuissante face à l’âge, tout en gardant son tact naturel.

L’approche empruntée par Phyllida Lloyd (réalisatrice) est touchante et surtout réaliste. Elle mène l’auditoire à saisir l’aspect éphémère de la grandeur d’un individu étant donné que le temps et la vieillesse sont les seuls gages d’égalité entre les individus. La trame narrative montre que les grands moments de la vie de la Dame de fer ont été poignants, forts et intenses. On passe de la jeunesse de madame Thatcher dans l’épicerie familiale et son entrée à Oxford, à sa première élection en tant que membre du Parti Conservateur et à son ascension vers le poste de premier ministre. Puis, des défis de l’implantation de ses politiques rigoureuses qu’elle considère «the medecine for the patient’s condition», à la victoire britannique lors de la guerre des îles Falkland (Malouines) qui aurait pu être davantage élaborée. Le film se clôt sur la chute de madame Thatcher, lorsque celle qui avait toujours préféré la compagnie des hommes a été trahie par ces derniers, assoiffés de pouvoir.

Gracieuseté de Alliance Film Medias

La pièce maîtresse du film est sans aucun doute la performance époustouflante de Meryl Streep (lauréate des Golden Globes en tant que meilleure actrice dans un film dramatique) En effet, Meryl Streep livre une performance touchante et saisissante d’une Margaret Thatcher vieillissante, qui nous fait ressentir toute la fragilité d’une femme qui fit trembler les fondations du Royaume-Uni. On sent une profonde appropriation et connaissance du personnage par Meryl Streep. Par ailleurs, son interprétation de la Dame de Fer nous présente un côté plus humain et sensible de cette femme considérée comme froide et insensible à cause de ses politiques publiques.

Somme toute, si vous attendiez un récit biographique de la vie de Margaret Thatcher vous allez être déçu; et si vous vous informez davantage vous trouverez peut-être l’erreur historique qui s’est glissée dans un des flashbacks.

Le Délit vous conseille d’aller voir le film en anglais pour voir le jeu de Meryl Streep, américaine, interprétant une femme à l’accent britannique prononcé.

 
Sur le même sujet: