Dans la cour des grands
17 janvier 2012
Prends ça court! présente Québec Gold 11, une sélection des neuf court-métrages québécois les plus remarqués de l’année.

L’événement ratisse large en cherchant à combler tous les goûts cinéphiles, à commencer par la danse contemporaine pour terminer par le gore. Il vient donc clore une bonne année pour les amateurs de court-métrages.

Image tirée du film Ora du réalisateur Philippe Baylaucq

D’abord, Ora de Philippe Baylaucq. On a déjà beaucoup décrit la technique innovante de Philippe Baylaucq pour filmer la danse chorégraphiée par José Navas avec une caméra thermographique. Cette dernière donne au film des allures de documentaire animalier. L’introduction montre des cellules qui se divisent, puis des créatures aux reflets chatoyants se fondent dans un univers de fonds sous-marins avec des effets sonores d’océan et de ruissellement. On note au passage un clin d’œil au Pas de deux du grand Norman McLaren avec ses effets stroboscopiques.

Image tirée du film Hope du réalisateur Pedro Pires

Hope, du réalisateur prometteur Pedro Pires, un collaborateur de Robert Lepage, est inspiré de la célèbre pièce de théâtre Jimmy, créature de rêve de Marie Brassard. On y découvre un général qui, proche de la mort, rêve d’un barbier androgyne dans un salon de coiffure où les clients sont des cadavres. L’œuvre muette est tournée au ralenti, dans des tons sépia et dans une esthétique des années 50 qui témoigne de l’immense talent de Pedro Pires à la réalisation comme à la direction photo. La remarquable trame musicale originale de Robert Lepage alterne entre drones à la Godspeed You! Black Emperor et clarinette jazz.

Le mythique Alexis le Trotteur. Image tirée du film Le Trotteur du réalisateur Francis Leclerc.

Trotteur est une collaboration entre Arnaud Brisebois, (son premier film et scénario) et Francis Leclerc, réalisateur confirmé (Un Été sans point ni coup sûr). Le synopsis est bien sûr inspiré de la légende d’Alexis le Trotteur, selon laquelle l’homme, risée du village, affronte en duel une locomotive dans une course sous la neige. Le résultat est un élégant film onirique, embrumé, jouant avec de forts contrastes de noir et blanc, comme la fumée de la locomotive qu’on croirait dessinée au fusain. Les acteurs sont maquillés de façon à leur donner un air de personnage de bande dessinée. Une autre bande sonore marquante accompagne le film: celle de Luc Sicard avec, au violoncelle, nul autre que Claude Lamothe.

La Ronde est le quatrième court-métrage réalisé par Sophie Goyette, produit par micro_scope (Incendies, Monsieur Lazhar) et présenté entre autres au Festival de Locarno. Vingt-trois minutes pour décrire l’errance d’une jeune femme à la suite d’un événement décisif. L’ambiance du film est particulière; l’action se déroule à l’extérieur pendant toute une nuit, et ce dans une banlieue ensommeillée. Les objets du quotidien sont transformés en poésie nocturne, du plat congelé aux néons d’un terrain de football. Le film s’avère un peu trop chargé, multipliant les scènes et les rencontres de courte durée, comme si la réalisatrice avait voulu faire un long-métrage dans un court.

Ce n’est rien est un film de Nicolas Roy qui avait été sélectionné en compétition officielle à Cannes pour la palme du meilleur court-métrage. La caméra suit l’acteur Martin Dubreuil, dont la performance est convaincante, en père vivant un drame familial, pris entre sa fille et son propre père. Les thèmes lourds, la caméra réaliste, l’économie de mots, la désolation et les tons mornes et gris sont dans la même lignée des films québécois encensés par les festivals internationaux.

Image tirée du film Nostradamos du trio de réalisateurs Bradley-Lampron-Tremblay

Sur une note plus joyeuse, Nostradamos est le court-métrage ayant gagné le concours du Festival du DocuMenteur de l’Abitibi-Témiscamingue, réalisé par le trio Bradley-Lampron-Tremblay. La ville d’Amos y est présentée comme la planche de salut lors de la fin du monde prochaine. On y fait la rencontre d’un agent immobilier faisant fortune grâce à l’immigration massive, un employé du Refuge Pageau projetant de construire une arche de Noé et un maire hilarant dans son sérieux implacable (chapeau à Ulrick Chérubin!). D’heureux moments de folie en perspective…

Sang froid de Martin Thibaudeau, une production de Kino Kabaret Montréal, avait remporté le prix du meilleur court métrage canadien au Worldwide Short Film Festival à Toronto. En quatre minutes, il aborde les problèmes de communication entre parents et enfants. Par le biais des regards échangés, de prises de vue à hauteur d’enfant, le réalisateur construit habilement une tension dramatique entre mère et fils.

Image tirée du film The Legend of Beaver Dam du réalisateur Jérôme Sable

Pour clore, The Legend of Beaver Dam, une comédie musicale hard rock gore à la tournure imprévisible de Jérôme Sable, saura plaire aux amateurs du genre. Il a fait partie du Toronto International Film Festival 2010 et du dernier Sundance. Il met en scène un moniteur et ses scouts autour d’un feu de camp, qui sera le théâtre d’un affrontement dégoulinant. Parions que l’efficace chanson «Stumpy Sam», au cœur du film, tournera longtemps dans vos têtes.

 
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