Back to Black
27 novembre 2011
The Artist de Michel Hazanavicius: la fin du cinéma muet et le début du cinéma parlant.

La grande particularité de The Artist est qu’il est muet et que c’est le premier du genre en 75 ans. En effet, le dernier film muet à ce jour est Modern Times du grand Charlie Chaplin, sorti en 1936. À l’époque, les «talkies» étaient déjà bien présents depuis la fin des années 20. The Artist se situe dans la même période, qui coïncide avec la Grande Dépression. On suit la descente de George Valentin (Jean Dujardin), un acteur fétiche du muet, et sa protégée Peppy Miller (Bérénice Bejo), qui débute une carrière fulgurante. The Artist vous entraîne au cœur de leur carrière respective ainsi que dans leur histoire d’amour.

Gracieuseté Warner Bros.

Le scénario s’inspire de la relation entre Greta Garbo et John Gilbert. Ce dernier était une des grandes vedettes du cinéma muet. Il a toutefois eu beaucoup de difficulté à faire la transition entre les deux genres, tandis que sa compagne, Greta Garbo a vécu complètement l’opposé. L’actrice suédoise a eu une bonne carrière dans le muet puis a démarré en flèche dans les «talkies».

The Artist a été réalisé à Hollywood. Toutefois, le casting principal, le réalisateur et le compositeur de la musique sont entièrement français. Rencontré la semaine dernière lors du tapis rouge du film à Montréal, Michel Hanazavicius désirait retrouver son équipe d’OSS 117, c’est-à-dire, Bérénice Bejo, sa compagne, Jean Dujardin et Ludovic Bource à la musique. Comme le dit l’expression, «if it ain’t broke, don’t fix it!» et c’est clairement le cas pour The Artist; on ne change pas une équipe qui gagne.

Pour réussir un film muet, il faut avant tout une histoire simple, généralement un mélodrame. Elle doit être facile à suivre, surtout si le désir du réalisateur est de divertir et de procurer du plaisir aux spectateurs. Ce qui est intéressant avec le scénario de The Artist c’est qu’il raconte une histoire d’amour à l’époque de l’apparition du film parlant. En d’autres termes, c’est un film muet sur l’âge d’or du cinéma. Un film d’amour à tous les degrés.

Puisque la population d’aujourd’hui est habituée aux films parlants, voir un film muet peut être un peu déstabilisant. Voilà pourquoi un film du genre doit être extrêmement bien fait visuellement. Rien ne doit être laissé au hasard: que ce soit l’angle de la caméra, les objets ou les figurants, tout doit être calculé à la perfection. L’esthétique de The Artist est impressionnante. La finition est réussie. Il n’y a aucune faille de ce côté. On retrouve même quelques petites références aux films d’Alfred Hitchcock, d’Orson Welles et bien sûr de Charlie Chaplin.

Un autre point important d’un film muet est le jeu des acteurs, qui est complètement différent de celui d’un film parlant. Le jeu est beaucoup expressif, chose qui ne pourrait s’illustrer dans les films parlants, parce que ce serait trop intense et exagéré. Toutefois, comme l’explique Bérénice Bejo, les acteurs font partie de l’image pour raconter l’histoire sans paroles. Ils font partie d’un tout.

Bérénice Bejo est très attachante, lumineuse et tout simplement adorable dans le rôle de Peppy. L’actrice s’est énormément documentée sur les actrices de films muets, un travail qui ne fait aucun doute a l’écran. Elle maîtrise le jeu de l’époque, tout comme Jean Dujardin, l’acteur principal, qui a reçu le prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes. Sa prestation est variée et complexe. Il faut le voir pour le comprendre.

Puisque les acteurs ne parlent pas, la trame sonore doit compenser un peu. Somme toute, la musique de Ludovic Bource est très réussie. Elle ne prend pas trop place et est inspirée des compositeurs romantiques du XIXe siècle, majoritairement de la musique symphonique. Les scènes sans musique font figure d’un choix plus audacieux et qui en surprendra plusieurs. Toute la concentration du spectateur doit alors être sur l’image afin de bien capturer l’histoire.

The Artist est un film unique, joyeux et rafraîchissant. Un film qui célèbre l’âge d’or du septième art dans un genre disparu. Rien de moins pour plaire aux cinéphiles et aux amateurs de films hollywoodiens. Les actrices interprètent avec brio leur personnage dans un style disparu. À voir avec nostalgie pour certains, ou à découvrir pour d’autres.

The Artist de Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin et Bérénice Bejo
Quand: En salle dès le 9 décembre

 
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