La civilité à l’état sauvage
22 novembre 2011
The God of Carnage: la guerre des parents est déclarée.

Le Dieu du carnage est une pièce française, écrite par la scénariste et romancière Yasmina Reza. En ce début d’hiver, la Centaur Theater Company de Montréal présente une adaptation de la pièce en anglais (The God of Carnage, traduite par Christopher Hampton) mise en scène par Roy Surette. La pièce met en scène deux couples qui se rencontrent pour discuter d’une rixe ayant eu lieu entre leurs enfants. Si le sujet de la rencontre est ordinaire, les bienséances sont vites remplacées par la barbarie.

Crédit photo: Centaur Theater
The God of Carnage met le doigt sur la question existentielle qui hante tout géniteur: suis-je un bon parent? Si une bagarre entre deux enfants se transforme en un véritable pugilat entre adultes, c’est parce qu’on a tendance à supposer que le comportement d’un enfant est le reflet des valeurs qui lui ont été inculquées à la maison, ou même le résultat de tensions familiales. Au début, les Raleigh et les Novak se rencontrent pour analyser l’incident afin de permettre aux enfants de se réconcilier. Or très vite les parents se rejettent la faute à travers des accusations implicites. Après vingt minutes de conversation courtoise, la tension monte, et les adultes ne parviennent plus à dissimuler leur colère. Le spectateur peut dès lors s’installer confortablement et attendre que la situation dégénère, le sourire aux lèvres.

Alan Raleigh est un avocat d’affaires odieux qui interrompt constamment la conversation pour recevoir des appels téléphoniques. Sa femme, Annette, est névrosée jusqu’au bout des ongles: on attend la crise de nerfs avec impatience (et on n’est pas déçu!). Les défauts de la famille Novak sont moins flagrants mais on découvre au final que l’épouse est écrasante et que le mari est un homme rustre, aux préjugés nombreux. L’humour de la pièce se concentre sur les archétypes personnels et familiaux qui s’affrontent de façon grotesque. En effet le spectateur est témoin de toutes sortes d’insultes, pleurs, attaques physiques, destruction de mobilier et de haut-le-cœur soudains.

La grande force de cette pièce est de montrer l’attachement acharné que portent les parents à leur fierté familiale. Les couples ne sont pourtant pas des extrêmes diamétralement opposés. Ils sont en effet tout aussi éduqués, fortunés et concernés par la réussite de leurs enfants. Les parents sont égocentriques et ont le malheur de n’être qu’attachés à leur vision partiale de la famille idéale. Ainsi la confrontation des points de vue les renvoie à leurs incohérences. Une fois que les couples faiblissent, la pièce s’accélère, rythmée par les alliances qui se forment et se déforment: les femmes s’allient contre les hommes mais se séparent lorsque le camps de la morale attaque celui du laisser-faire, que les réalistes moquent les optimistes. Personne n’est à l’abri du reproche et chacun cherche un allié.

Le résultat est pathétique, ils n’y pas de héro, mais quatre parents humiliés, enragés, frustrés. Les enfants sont devenus spectateurs. L’audience est prévenue: parler des enfants des autres n’est pas une tendre affaire.

 
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