Entre deux fronts
22 novembre 2011
Dichotomisons. Pour ou contre la hausse des frais de scolarité? Pour ou contre la souveraineté?

Il semble que ces temps-ci chacun s’efforce de tirer vers les extrêmes, omettant toute forme de zone grise où nuance rime avec manque de crédibilité. Pendant que François Legault tente de s’éloigner de cette division politique désuète, le premier ministre Charest fait tout pour le ramener au centre de ce débat.

Le Québec a besoin de changement, certes. Et ce dernier réside possiblement dans le réalignement des partis politiques. Ceci dit, il est grand temps de prendre conscience qu’un changement politique québécois nécessite que de nouveaux partis se prêtent au jeu politique habituel tout en osant prêcher une nouvelle formule.

Si vous n’avez pas lu mes chroniques précédentes, je suis une partisane de la non-partisannerie traditionnelle québécoise qui oblige tout bon citoyen à voter selon sa vision concernant la souveraineté du Québec. Une vision dichotomique, rien de plus. Or, j’avais soulevé qu’il serait rafraîchissant de voir un parti niant cette réalité politique, afin que nous nous concentrions sur les vrais enjeux de société, tels l’éducation, l’économie, la santé, la culture et l’environnement.

Comprenez-moi bien; loin de moi l’envie d’endosser à part entière les propositions de François Legault. Cependant, je crois dur comme fer que la résolution de celui-ci à demeurer neutre constitue un pas en avant pour le Québec.

Avec la récente présence de François Legault, je ne peux m’empêcher de clamer avec joie qu’enfin un parti comprend le vrai malaise politique québécois, qu’enfin nous aurons droit à de vrais débats constructifs plutôt que régressifs! Malheureusement, mon enthousiasme se voit vite estompé suite aux déclarations de notre grand maître libéral: «On ne peut pas vouloir être premier ministre du Québec et ne pas être, ou fédéraliste, ou souverainiste».

Entre vous et moi, il serait temps que monsieur Charest réagisse aux réactions du peuple. Avant, il doit comprendre ce que son peuple veut. Et ce que peuple veut n’est pas synonyme de ce que Jean Charest veut.

Avec la stagnation du mouvement souverainiste au sein de la population, le premier ministre compte sans aucun doute s’appuyer sur le fédéralisme ambiant du Parti libéral afin de remporter les prochaines élections. Pouvons-nous lui en vouloir? Pas tellement, considérant la santé publique de son parti.

Ceci étant dit, puisqu’au Québec on ne peut s’empêcher de se rappeler notre devise, «Je me souviens» dictera probablement les résultats des prochaines élections.

Tout compte fait, malgré les efforts de François Legault pour modifier les règles du jeu, les élections prochaines reposeront sans doute sur cette dichotomie «passée-date», où nul autre que Jean Charest pourra en bénéficier.

D’une part, on tente de progresser, de s’éloigner des pensées expirées; d’autre part, on nous ramène à cette réalité hautement dépassée. Entre deux fronts, le peuple québécois se voit bâillonné entre les vieilles guerres de politiciens, telles d’interminables parties de bras de fer.

 
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