Au salon de l’or noir
8 novembre 2011
Edward Burtynsky nous plonge dans le pétrole jusqu’ au cou.

Le Musée McCord présente l’exposition «Pétrole» du photographe canadien Edward Burtynsky. Connu pour son choix plutôt singulier de sujets –des scènes industrielles, pour la plupart– il s’est aussi fait connaître par le film Paysages Manufacturés (2006) de Jennifer Baichwal, qui porte sur son œuvre. L’artiste est de retour avec cette exposition composée de cinquante-six tirages représentant l’obsession de l’humain pour –et sa dépendance à– l’or noir.

Louis St-Aimé | Le Délit

Burtynsky explore les effets et conséquences du pétrole à chaque étape de sa vie utile, jusqu’à son rejet dans l’environnement. Tout y passe: des champs pétrolifères à perte de vue en Californie, des plateformes de forage rouillées et fuyant en Azerbaïdjan, les sables bitumineux en Alberta avec leurs bassins de décantation huileux et iridescents, une autoroute de seize voies qui se perd dans l’horizon pollué de Los Angeles, un bateau à moteur qui file sur une marre artificielle en banlieue de Las Vegas, des travailleurs au Bangladesh qui marchent dans une boue noire et huileuse, entourés de barils de pétrole vides, des milliers de spectateurs qui regardent une course de camions depuis les gradins bondés d’une piste en Alabama. L’observateur est laissé libre de faire les juxtapositions voulues, ce qui donne inévitablement des résultats incongrus, pour ne pas dire grotesques.

«Ces images peuvent être considérées comme les observations d’un artiste, des réflexions sur un monde refaçonné par cette force énergétique massive et les effets cumulatifs de l’évolution industrielle» écrit Burtynsky. En effet, l’extraction et la transformation du pétrole occasionnent un coût environnemental sans cesse grandissant. Edwrad Burtynsky capte l’environnement visuel qui en résulte dans ses photos d’une esthétique inhabituelle. Dans son ensemble, l’œuvre est empreinte d’une ironie certaine.

Le succès de l’exposition réside dans sa perspective aérienne d’un mode de vie que l’on tient souvent pour acquis. Souvent, le sujet abordé est tellement abject, et la photographie tellement bien maîtrisée, que Burtynsky parvient à faire surgir le beau du laid.

 
Sur le même sujet: