Tomber les masques
18 octobre 2011
Tout le monde a déjà entendu ce mot: mascarade. Et vous l’avez lu de nombreuses fois dans ces pages cette semaine, alors que nous avons choisi d’en faire l’hommage dans ce numéro spécial. Mais qu’est-ce que c’est?

Ceux d’entre nous qui ont la fâcheuse tendance de rapporter à l’anglais toute question qui touche à la langue française auront pensé tout d’abord à une grande salle style XVIIe pleine de dorures et d’aristocrates en loup noir que la jet set new-yorkaise affectionne à recréer.

Que nenni! Si le bal masqué a bien porté ce nom et le porte toujours occasionnellement, la mascarade est avant tout un ensemble de jeux scéniques et de danses particulièrement populaires dans la société florentine du XVIe siècle. La mascherata («masquées» littéralement) est une dance costumée, et masquée évidemment, qui rappelle les rites dionysiaques gréco-romains.

Le champ étymologique du masque serait passé dans les langues latines par le farsi, c’est-à-dire le perse, ramené en Italie par les voyageurs de la route de la soie. En s’étendant à toute l’ère d’influence du latin, le mot qui est devenu «mascarade» a gagné du sens et de la popularité. En France, il a peu à peu cessé de désigner ce que l’on qualifierait aujourd’hui de performance artistique, pour qualifier ce bal auquel tous prennent part. La mascarade n’est donc plus un spectacle, mais elle reste un divertissement.

Plus tard, alors que le sens figuré du mot se démocratise, la mascarade devient moins plaisante: elle est une imposture. Car c’est bien cela une mascarade, c’est se masquer, se voiler pour cacher son vrai visage, sa vraie nature, son essence. De tout temps on a cherché à dissimuler son identité pour diverses raisons; pour les besoins du théâtre, pour les besoins de la fête, pour les besoins de la religion, pour les besoins du crime. À l’heure où l’accès à l’information est devenu un droit inaliénable, peut-être est-il temps de tomber les masques.

 
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