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Dans le public jusqu’au cou

Je suis une survivante du public. Primaire, secondaire, cégep, université. Rien de moins que 17 ans au sein de nos glorieuses institutions ouvertes à tous, pour à peu près rien.

Je suis une survivante d’un système qui fonctionne, oui, mais qui a mauvaise réputation. En effet, qui a le réflexe, lorsque bébé est devenu grand, de dire : « Je veux qu’il ait la meilleure éducation possible, je vais l’envoyer à la polyvalente de quartier ! »
Les exemples qui montrent le succès de l’école publique sont nombreux : un programme qui permet aux étudiants intéressés de faire des sorties de plein air, une concentration musique qui s’ouvre aux étudiants défavorisés, des écoles qui permettent aux étudiants handicapés de faire une partie du cheminement normal…

Les écoles publiques, lorsqu’elles offrent des programmes spécialisés, rehaussent leur popularité de beaucoup et s’attirent inévitablement des éloges. Les formations musicales intensives, mais aussi les concentrations sportives, les programmes d’éducation internationale et autres permettent aux étudiants de s’intéresser beaucoup plus au milieu de vie qui est le leur durant tout leur parcours académique.

Pourtant, le niveau des écoles publiques est très variable d’un programme à l’autre : une école peut avoir mauvaise réputation même si la concentration musicale fait rayonner la polyvalente sur la scène internationale. Il suffit que le régulier soit composé de « doubleurs » ou pire encore, de rebuts d’école privée, et vlan ! l’école se voit affublée d’une étiquette négative.

Le succès de l’école publique, c’est un peu comme le féminisme. À l’époque de la Révolution tranquille, c’était emballant. Maintenant, on se complait dans une réalité confortable dans laquelle on ne sent pas le besoin d’afficher nos valeurs, nos droits, dans laquelle on ne sent pas que nous sommes privilégiés de faire partie d’une société qui valorise l’éducation publique et accessible à tous.

S’il fallait que j’aie fait mon secondaire au public et dans un programme régulier, je me serais bien passé la corde au cou ! Pourtant, j’y ai grandi et y ai fait mes choix. J’y ai aussi fait mes dents. Parce qu’il n’y a rien de plus formateur que d’évoluer dans le vrai monde, là où il y a de la misère, de la drogue, des personnes handicapées ou aux troubles d’apprentissage envahissants. Là aussi où il y a des gens de toutes les couleurs, de toutes les saveurs, de toutes les odeurs, de toutes les origines… Il n’y a pas de discrimination au public, puisque tout le monde y entre. Ce beau pot-pourri de culture et de genres a su porter ses fruits puisque, après toutes ces années d’existence, le tout fonctionne encore.

C’est un peu ça la Semaine pour l’école publique, du 2 au 8 octobre prochains:la valorisation d’une institution qui a cinquante ans. Qui a été crée au moment où le Québec se réveillait de sa torpeur et que Paul Gérin-Lajoie promulguait les lois qui seraient à la base de la Grande charte de l’éducation. « Mon école, je l’aime publique » est l’initiative de la Fédération autonome de l’enseignement et met en lumière les bons coups du système public.

Le privé n’est pas pour tous
Au mois de novembre, commencera la valse des admissions à l’école privée pour les élèves du primaire. Dans le but de rassurer enfants et parents, des services aux élèves comme S.O.S étude proposent un programme de préparation aux examens d’entrée à l’école privée. Les enfants de sixième année, les performants comme les cancres, peuvent s’inscrire à ces cours de trois fins de semaine intensives de révision et de préparation « psychologique ». Les coûts : 325$.

L’école privée n’est pas accessible pour tous. Vous devez avoir les moyens financiers. Et les cours de préparation semblent une bonne manière d’augmenter le fossé entre les utilisateurs du système privé et publics. En effet, avec ces cours, ce n’est plus vrai que l’école privée accueille les meilleurs ; il y a uniquement l’argent qui compte dans la balance de l’admission puisque tous les enfants sont mis sur le même pied, en partant. Plutôt que d’avoir un organisme comme S.O.S. études qui remonte le niveau de ceux qui ont l’argent pour aller au privé, pourquoi ne pas hausser le niveau des écoles publiques ?

Un petit bonhomme que j’admire beaucoup a dit de ses cours de préparation qu’ils étaient bien mieux que l’école en soi. Ce même enfant de sixième année du primaire a confronté sa maîtresse en début d’année alors qu’elle présentait son plan de cours : « Quoi ? On voit encore l’histoire du Canada et du Québec?!? Pourquoi on n’apprendrait pas ce qui s’est passé sur les plages de Normandie durant la Deuxième guerre, à la place ? »

L’école primaire n’est pas facile pour tous. Mais il s’agit que vous soyez doués, ou tout simplement curieux, pour que vous perdiez toute votre motivation. Et au secondaire, la motivation peut tomber encore plus bas si vous n’êtes pas dans un programme spécialisé. Et après on se demande d’où viennent les taux de décrochage alarmants !

Un dernier point, au sujet de la grève
McGill est une université publique. Et quand on parle d’institution d’enseignement publique, on parle aussi des universités et de ses employés. À l’occasion de la Semaine pour les école publiques, McGill devrait peut-être faire une fleur à ses MUNACAiens et mettre un peu d’eau dans son vin.


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