Danser les pas de sa vie
27 septembre 2011
Dans le film Les rêves dansants... sur les pas de Pina Bausch, les documentaristes Anne Linsel et Rainer Hoffmann enseignent la célèbre chorégraphie Konthakthof à un groupe d’adolescents.

Le grand public avait eu un bref accès au génie de la chorégraphe allemande Pina Bausch dans le film Parle avec elle de Pedro Almodovar, où on voyait des extraits de la chorégraphie Café Müller dressés en parallèle avec la trame du film. Le style développé par Bausch, décédée en 2009, appelé danse-théâtre, est expressionniste et évoque constamment les rapports homme-femme. Cette année sera faste pour faire une découverte approfondie de son travail avec la sortie prochaine de l’époustouflant film Pina de Wim Wenders, ainsi qu’avec Les Rêves dansants… sur les pas de Pina Bausch un documentaire touchant présentement en salles.

Crédit Photo: Yves Renaud

La première image du film révèle un groupe de jeunes de toutes morphologies, vêtues de robes soyeuses et de costumes masculins, exécutant des pas sur une scène. On comprend plus tard qu’il s’agit d’adolescents, néophytes de la danse, «une terre inconnue», qui, pendant un an et demi, s’apprivoiseront en même temps qu’ils intègreront le travail de Bausch élaboré en 1978 et transmis par deux danseuses de la troupe Tanztheater. Le même concept avait eu lieu en 2000 avec des danseurs amateurs de plus de 65 ans.
La caméra suit de près leur évolution dans la pièce Kontakthof, où justement, les apprentis danseurs apprennent «le contact avec les autres et les corps […], les caresses» et à «se laisser aller». Les jeunes expérimentent les sentiments amoureux, comme dans une scène où ils sont «gênés de se déshabiller et font du charme», alors que certains d’entre eux n’ont jamais encore fait l’expérience de l’amour dans leurs propres vies.

«La Pina» n’arrive que beaucoup plus tard dans le film, reconnaissable entre tous, avec sa mine sérieuse et sa cigarette à la bouche. Elle n’est pas la vedette du film, laissant la place à la relève, aux autres, ceux qui seront là lorsqu’elle ne sera plus, personne ne se doutant de sa disparition subite quelques mois plus tard.

Aussi nous revenons vite aux danseurs candides, à qui on somme de s’amuser, d’être au naturel devant la prêtresse de la danse venue les observer. Un jeune danseur avoue ne pas connaître la signification des mouvements, mais on voit qu’ils apprendront petit à petit, la jeune femme tenant le rôle principal expliquant plus tard comment elle cerne son personnage: «elle cache qui elle est vraiment, elle est timide et triste», alors qu’une autre explique que son personnage est une «femme hystérique, jamais contente, qui critique tout», un rôle qui lui va bien parce qu’elle a appris la colère, la même haine que son «grand-père a dû ressentir à sa mort», lorsqu’il s’est fait brûler pendant la guerre du Kosovo.

À la fin, il est frappant de contempler les adolescents vêtus de chics costumes du soir sur scène, ayant soudainement grandi, jouant le manège des adultes dans des rondes infinies, bouclant la boucle depuis l’ouverture du film.

Nous ressortons du cinéma aussi heureux que les deux danseuses-enseignantes, ravies de voir «différentes personnalités s’investir ensemble», donnant d’eux-mêmes, laissant tomber les préjugés, gagnant en confiance et se posant des questions existentielles. C’est là tout l’héritage de Pina Bausch, celui d’un trésor dansant né de ses observations sur les interactions humaines.

Les Rêves dansants… sur les pas de Pina Bausch
Cinéma du Parc dès le 1er octobre.

 
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