L’Amour, toujours l’Amour!
13 septembre 2011
La jeune chorégraphe Virginie Brunelle peaufine son art d’évocation des relations de couple dans Le Complexe des genres.

Les rapports amoureux ambivalents entre hommes et femmes ont toujours inspiré les créateurs. Virginie Brunelle s’inscrit dans la lignée, puisque ses chorégraphies traitent du sujet depuis ses débuts sur la scène contemporaine en 2007. Le sujet est passionnant, peut être creusé à l’infini et saura toujours renouveler l’imagination artistique des générations à venir. La question étant de refouiller le thème sans répéter ce qui a déjà été fait, chose difficile, surtout en danse contemporaine. Dans Le Complexe des genres, Virginie Brunelle nous offre quelques belles trouvailles sur le plan de la forme, mais ne parvient pas à faire passer un message de fond, par manque de consistance.

Mathieu Doyon
La performance s’annonce pourtant prometteuse lors des scènes initiales. Une première image marquante présente trois poupées désarticulées formées de jambes masculines et de troncs féminins habillés de tutus. L’illusion d’optique est réussie et étonne par l’étrangeté du mélange des genres. Puis, les poupées mixtes se désintègrent et deviennent trois hommes machos, rigolant et fiers de leurs prises, portant à leur taille des pénis plus grands que nature, s’avérant être des femmes aux seins nus, pendues la tête en bas et gloussant d’une joie puérile.

Par la suite, un homme assis sur une chaise attend une femme pour un tête-à-tête. Après moins de deux secondes à s’être regardés sans rien exprimer, la femme lui saute à la taille. S’ensuit une représentation ludique d’ébats charnels. La scène se répète deux fois, marquant la futilité d’une relation purement physique.

Le reste de la pièce est débalancé par l’omniprésence des mouvements de danse pure et abstraite par rapport au symbolisme et à la théâtralité des premiers instants. Il faut dire que la danse en soi est très belle; Virginie Brunelle, en peu d’années, a évolué pour le mieux en tant que sculpteure du mouvement. Elle a mis de côté les images simples et gratuites pour aller vers la subtilité, une griffe que l’on souhaite voir se développer.

Les portés qu’elle a imaginés sont inventifs et donnent une véritable impression d’envol. Les trois corps d’hommes qui ondulent au gré des archets d’un quatuor à cordes offrent un beau moment d’introspection. Une femme fragile et dénudée danse avec abandon sous le regard du trio masculin, qui accourt pour la rattraper, lorsque, telle une flamme vulnérable qui vacille, elle semble vouloir s’éteindre. Le duo subséquent dansé par Frédéric Tavernini et Isabelle Arcand est remarquable par sa fluidité et son intensité dramatique. Par contre, les instants où les corps s’agitent sur place et gesticulent dans tous les sens pour figurer un débat intérieur, ou encore lorsqu’ils entrent en collision à toute vitesse, ont une odeur de réchauffé depuis quelques années en danse contemporaine.

Par ailleurs, le Complexe des genres est porté par des morceaux de musique instrumentale, allant de Schubert à Eluvium en passant par Philip Glass. Le contraste entre la musique classique se frottant à une chorégraphie résolument contemporaine est un agréable mariage. Un exercice à répéter.

Enfin, la scène finale s’éloigne de tout cynisme pour nous faire sourire bonnement, comme des enfants; ce qui nous laisse toutefois perplexes: tous ces déchirements n’étaient alors qu’un jeu?

 
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