Trilogie africaine et nationalisme
6 septembre 2011
Retour à l’école. Retour à la civilisation. Retour à la réalité. Pour nombre d’entre vous qui avez voyagé, dépensé, trinqué, fêté, le retour à la vie normale peut être perturbant et s’asseoir sur les bancs du savoir s’avèrera pénible dans les prochains jours.

Pour ceux qui étaient en voyage, coupés des informations comme je l’étais dans la brousse africaine, le retour dans la gueule de la bête est d’autant plus brutal. Jack Layton est mort. Des émeutes ont eu lieu à Vancouver. Le monde arabe tremble encore. Le guide libyen a été destitué par les forces de l’OTAN. La grève de MUNACA menace la tranquillité académique. La grève étudiante se dessine à l’horizon. Tous ces événements fouettent et remettent les idées en place: la terre n’arrête jamais de tourner, surtout pas durant l’été!

Dans mon cas, m’éloigner de la nation québécoise n’a été ni compliqué ni pénible. Il suffit de se trouver un prétexte (un stage quelconque), quelques commanditaires (l’avion, ce n’est pas donné) et un peu de courage (suffit de ne pas réfléchir à ce qui nous attend) pour aussitôt s’envoler vers un milieu qui nous semble à la fois exotique, enrichissant, attirant. En effet, tout me semblait beaucoup mieux que de rester à Montréal! Et, une fois devant une nouvelle réalité, il devient même très facile de critiquer sa propre culture. Souvent, nous jugeons sévèrement le pays d’où l’on vient en se disant que l’herbe est beaucoup plus verte ailleurs. Pour ma part, le rythme effréné et l’individualisme des Nord-Américains me puaient au nez avant de partir vers l’Afrique. Maintenant, après un séjour dans la jungle équatoriale de l’Ouganda, j’en suis venue à la conclusion suivante: s’éloigner de son milieu, prendre ses distances avec sa propre réalité, c’est aussi une manière de mieux l’apprécier.

Voir l’Afrique tenter de s’extirper péniblement de sa misère, de sa violence, de ses doutes et de ses problèmes, c’est une bonne manière de revigorer un nationalisme faiblot. Revenir au pays, dans ma nation qu’est le Québec après deux mois à flirter avec le chaos, je dois dire que les grèves étudiantes et syndicales me semblent les bienvenues, car elles sont le signe et l’expression d’une civilisation remarquablement avancée: une structure existe lorsque des droits sont bafoués. Des institutions sont là pour pallier aux défaillances humaines.

Le 9 juillet naissait une nouvelle nation, le Soudan du Sud. Le 23 août, le dictateur libyen, le très malheureusement célèbre Mouammar Kadhafi, tombait. Ces nouvelles semblent bonnes pour le continent africain, mais comment construire de nouveaux espoirs sur des fondations aussi craquelées et lourdes d’un passé chaotique? Qui promet à ces peuples un renouveau positif?

La trilogie de l’Afrique, c’est l’histoire de la désorganisation, de l’inefficacité et de la corruption. Désorganisation, car ce qui marche aujourd’hui a peu de chance de fonctionner demain, inefficacité, car ce qui fonctionne un peu est déjà beaucoup mieux que rien, corruption, car il y a toujours moyen de faire un paquet d’argent en abusant de ce qui fonctionne. Malheureusement, tous les efforts de développement n’auront aucun écho si l’Afrique continue de s’appuyer sur ces fondations viciées. Comment construire lorsque tout s’écroule à la base? Voir un tel manque de structures et d’institutions fonctionnelles m’a beaucoup fait réfléchir au Québec et à la chance que j’ai d’en faire partie.

Les rebondissements et les échauffourées ici m’apparaissent comme le symbole du bon fonctionnement de la société. Preuve qu’il existe des structures, mais aussi preuve qu’il n’y a rien de stagnant, preuve que la société québécoise est bien en vie et en santé. Le premier numéro du Délit a des saveurs de fin de vacances: on rappelle les événements des derniers mois, on couche sur le papier nos réflexions estivales, puis on prépare le terrain pour ce qui va suivre. L’année sera chaude derrière les Roddick gates et le rôle –que dis-je– le devoir du Délit, sera d’interpeller le plus grand nombre de francophiles afin de leur faire vivre le campus d’un angle différent. Et toutes ces palabres au sujet de l’Afrique simplement pour conclure que revenir à la maison, dans ce petit cocon familial qu’est Le Délit et le campus mcgillois sera une oasis de tranquillité comparée à la «trilogie africaine». Cheers, à la nouvelle année scolaire qui commence!

 
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