Souveraine résurgence

Ceux qui effleurent l’onde des rivages endormis
Et qui embrasent la terre d’une lumière de vie ;

Ceux qui exhalent les vices de l’Ancien Monde
Par leur gueule pourrie de carences,
Puis s’éteignent, litanie aux lèvres,
Au sein des grèves mornes ;

Ceux qui enflent le torse dans la pureté du blizzard,
Leurs membres exsangues dévorés par le froid corrosif ;

Ceux qui déflorent la terre à coups de pioche
Pour faire jaillir les premiers flux d’abondance
Des entrailles fertiles de la Terre maternelle ;

Ceux qu’on mène à la potence
Pour avoir remué les braises d’un feu déjà éteint ;

Ceux qui se noient à contre-courant dans l’océan des barbarismes
Et qui hurlent leur oppression à grands coups de silence
Dans l’atrophie de leur langue arrachée ;

Ceux qui abattent les digues aux frontières du monde
Et laissent se déverser des flots de sans-papiers
Qui noient l’idéal sous une mer révulsée ;

Celui qui fracasse les rêves épars des esclaves endormis
En sonnant trop fort le gong des vérités ;

Ceux qui en crèvent d’envie,
Ceux qui s’abreuvent d’espoir,
Ceux qui dressent l’étendard sur les torrents d’azur ;
Ceux qui attisent les forges du Nouveau Monde,
Puis s’enflamment dans les nuées ardentes ;
Ceux qui renaissent dans un berceau de cendre
Puis suivent le phénix dans son envol ;

Ceux-là vivront jusqu’à demain,
Et ceux-là
Auront une langue pour le raconter.

Raphaël Dallaire Ferland