La mise en scène du désir
5 avril 2011
Sorte d’ode à la volupté et à la sensualité, mélange habile et délicieux de différentes techniques de dessins, festival joyeux de couleurs chaleureuses et séduisantes, Comédie sentimentale pornographique est à savourer sans modération.

Dans Comédie sentimentale pornographique (Delcourt), dont le titre induira en erreur plus d’un lecteur, Beaulieu parle certes de sexe, et de manière plutôt libre, mais il livre surtout les interrogations, fantasmes et émois de quelques trentenaires: Louis, un cinéaste qui, après le succès de son navet cinématographique, décide de s’exiler sur la Côte Nord pour écrire, sa copine Corrine, libre et bisexuelle, Martin Gariépy, auteur de Pink Floyd ou La Morbidité des partys du sous-sol à Beauport, un jeune homme inconditionnellement amoureux de filles inaccessibles et de diverses femmes incroyablement belles et sensuelles, Simone, la boulangère de la rue Saint-Stanislas, Annie et bien d’autres. À travers ces personnages, Beaulieu explore visuellement et textuellement des thèmes que l’on trouvait déjà dans À la faveur de la nuit (la nuit, le rêve, la fascination, l’amour, le désir, le corps), mais qu’il renouvelle ici avec justesse et finesse.

Gracieuseté des éditions Delcourt
La qualité et l’originalité au rendez-vous…

Cette bande dessinée d’environ trois cents pages est un récit fragmenté dans sa structure et son histoire. Celle-ci, plutôt difficile à résumer tant elle est libre et complexe, entremêle divers personnages du quotidien dans une série d’anecdotes savoureuses. Le trait est fluide, et le dessin, loin d’être rigide, effectué grâce à divers matériaux (stylo, rotring, plomb, entre autres), est soutenu par une riche palette de couleurs (l’auteur a varié crayons de couleur et aquarelle). Le résultat est incontestablement réussi: Beaulieu offre une œuvre rythmée dans laquelle on décèle avec plaisir son «œil amoureux» –pour reprendre le titre de l’ouvrage d’entretiens avec David Turgeon à propos de Comédie sentimentale pornographique.

… pour décliner l’amour des corps féminins

Cet œil amoureux, c’est celui qui observe et dessine les corps. Des femmes, surtout, mais des hommes aussi. Avec un talent et une aisance tels qu’il serait difficile de ne pas prendre au pied de la lettre ce que confie Louis: «Et t’sais, pour moi, dessiner une femme, c’est déguster une crème brûlée. Dessiner un homme, c’est remplir un formulaire.» La fascination du dessinateur pour ces femmes réalistes au corps généreux et d’une sensualité sans limites est présente à chaque page de cette histoire, qui met en scène le désir de façon originale et unique. Décliné au quotidien, fantasmé, rêvé ou réel, le désir, selon Jimmy Beaulieu, est loin d’être glauque: bien au contraire, il est mis en scène dans des bulles aérées d’où ressort une sexualité douce, tendre, fantaisiste, réelle.

Sorte d’ode à la volupté et à la sensualité, mélange habile et délicieux de différentes techniques de dessins, festival joyeux de couleurs chaleureuses et séduisantes, Comédie sentimentale pornographique est un chef d’œuvre, tout simplement.

 
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