Le jazz de l’oppression
15 mars 2011
Igor Pudlo, qui s’est d’abord fait connaître grâce à ses productions électro-jazz pour le groupe Skalpel, est de retour cette année avec son premier LP solo sous le label Ninja tunes.

Grâce à une trame sonore jazz marquée par l’utilisation importante des cuivres, Igor Boxx parvient à nous faire revivre l’intensité, l’angoisse et la folie présente dans la ville de Wroclaw en Pologne en 1945, alors sous l’occupation de l’armée rouge.

Gracieuseté de Ninja Tune Records

Dans son premier LP, intitulé Breslau et sorti en novembre dernier, le polonais Igor Pudlo –sous l’alias Igor Boxx– nous faire revivre, grâce à sa musique, l’intensité d’une période qui a marqué son pays, et plus particulièrement sa ville. Ainsi, à travers son œuvre, l’artiste transpose en musique le climat historique de Wroclaw, sous occupation communiste pendant la Deuxième Guerre mondiale. Breslau est un projet musical innovateur d’une grande intensité. L’artiste parvient à placer l’auditeur dans la peau de la population vivant dans un climat de peur, opprimée dans une ville en guerre, en nous transmettant le malaise présent. Igor Boxx réussit à nous transmettre cet effroi par l’utilisation de saxophones et de cuivres, et en faisant des basses une présence omniprésente sur fond de jazz. On retrouve, à un certain moment, les tambours d’une marche militaire marquée par des voix de désespoir («In Flames»). Il parvient finalement à nous transmettre la folie et l’ambiance de débauche qui règne au sein de la population, avant l’enfer auquel elle se prépare («Last Party in Breslau»).

On peut qualifier son style de Krautrock, un genre musical apparu vers la fin des années 60 en Allemagne de l’Ouest. Le Krautrock est un style très éclectique, et sa présence ici montre le climat indécis d’une période qui est hors du contrôle de la population. On y retrouve des influences jazz des années 60, teintées d’une intensité qu’ajoutent les synthétiseurs. Au-delà de son aspect musical, le Krautrock possède un patrimoine culturel et traduit des intentions révolutionnaires qui passent par l’engagement des artistes, lesquels utilisent leur art comme véhicule d’idées. Dans cette perspective, en produisant cet album, Igor Pudlo avait comme objectif de partager avec ses auditeurs la dure réalité à laquelle la population de l’Europe centrale avait été confrontée. Dans le cas présent, il se concentre sur le sort de sa ville natale, Wroclaw, et sur les périodes sombres et complexes de celle-ci, qui n’a réintégré la Pologne qu’après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, cet album se démarque en parvenant à nous faire revenir dans les années de guerre et en nous transmettant en musique ce que l’histoire et les films n’ont pas réussi à partager avec nous. En ce sens, par la force de sa musique, l’artiste parviet créer un trouble chez l’auditeur et à toucher ses cordes sensibles.

 
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