La Ligue des Cravates
8 mars 2011
Tous les dimanches, dans la salle de spectacle du Petit Medley remplie à son comble, les regards se tournent vers la scène.

L’animateur de la soirée crée une ambiance propice au rire en commençant par un petit sketch, avant de nous présenter les joueurs de la soirée. Deux équipes, les blancs contre les noirs, se disputeront la victoire, sans prétention, avec pour seul objectif de nous faire rire grâce à des matchs remplis d’humour. Il s’agit de la ligue d’improvisation «Les Cravates». Le déroulement d’un match d’improvisation est comparable à une partie de hockey; il se divise en trois périodes, entrecoupées de pauses pendant lesquelles les spectateurs peuvent commenter les performances et se commander une nouvelle bière ou un plat de tapas. Improvisation mixte ou comparée, catégorie libre ou imposée, selon un thème, dans une certaine limite de temps, c’est ainsi que sont présentées les consignes. Les joueurs ont trente secondes de caucus pour trouver une idée, le reste viendra dans le feu de l’action.

Raphaël Thézé | Le Délit

Pour ne donner que quelques exemples, dimanche dernier, parmi les plus belles performances, «Les Cravates» ont improvisé, sur le thème «des chiffres et des chiffres…», une histoire aux airs de Néo parcourant la matrice dans laquelle le personnage tuait comptable sur comptable afin de retrouver la source, puis celui qui fait fluctuer les taux et varier les intérêts, pour enfin rencontrer la Bibliothécaire, qui un jour enleva le pouvoir aux mots pour le donner aux chiffres. Un astronaute jeune père est en mission dans l’espace tandis que ses collègues dans la navette reçoivent les photos du nouveau-né, particulièrement horrible, et ne savent comment le lui décrire, dans une improvisation avec pour thème «c’est pas très cute». Ou encore, rassemblant l’ensemble des joueurs, un groupe d’aide pour timides anonymes qui a fait rire aux éclats dans une orchestration d’angoisses stéréotypées.

Le match est ponctué de petites traditions propres à la ligue. En effet, au milieu du match, l’animateur lance le défi de la «chatte d’or» en posant une question pointue relative à une improvisation précédente. Celui qui répond le plus rapidement au signal de «go» uniquement, sous peine de se faire huer par la salle, recevra «une bière gratuite sans frais» ainsi qu’une petite statuette, la chatte d’or, qui donne à l’heureux gagnant le droit et le devoir de revenir la semaine suivante assister à un match gratuitement, accompagné d’une personne de son choix, et de restituer la statuette. La fin du match se termine par une cérémonie d’anti-étoiles, ne soulignant pas la qualité des joueurs, mais bien leurs petits défauts, leurs bourdes et autres cafouillages, rassemblés dans des catégories telles que «has been» pour le joueur trop récurrent dans ses thèmes, ou «ben voyons!» pour celui faisant preuve du jeu le plus inattendu. Après un palmarès des répliques les plus notables, les joueurs désignés nous offrent une improvisation supplémentaire, sens dessus-dessous, d’une durée indéterminée.

La Ligue des Cravates, fondée en 1994, rassemble aujourd’hui un peu moins d’une trentaine de membres, tous improvisateurs d’expérience, et n’a pour seule vocation que le plaisir du jeu. Comme le souligne Simon Boudreau, fondateur de la ligue, «J’étais au cégep, je voulais réunir des gens pour faire de l’improvisation l’été, un peu comme les games de hockey dans la rue.» Mission accomplie: dix-sept ans plus tard, la ligue dont la réputation n’est plus à faire reste un regroupement évoluant par lui-même, non compétitif et non lucratif, dont la notoriété se répand de bouche à oreille.

 
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