Blue Valentine
15 février 2011

Le film fonctionne comme la mémoire. L’oscillation fluide entre le passé et le présent encre le récit dans deux périodes distinctes de la vie de Cindy (Michelle Williams) et Dean (Ryan Gosling). Les retours en arrière des premiers moments qui suivent leur rencontre présentent la sexualité et l’amour naïfs tandis que les scènes ancrées dans le présent révèlent les derniers instants d’un mariage qui s’écroule. En structurant le film comme une énigme dans laquelle les indices seraient dispersés dans le temps et chez les personnages, le réalisateur Derek Cianfrance construit avec élégance une série de dualités: passé et présent, jeunesse et âge adulte, vitalité et entropie.

Ryan Gosling et Michelle Williams interprètent avec justesse la déconstruction de ce jeune couple. Ryan Gosling incarne remarquablement un personnage amoureux à la fois naïf et charmeur, mais qui ne fait preuve d’aucune maturité ni d’ambition, et encore moins de tempérance. L’intensité émotionnelle qu’il parvient à donner à son personnage dévoile un aspect rarement exploré dans une relation où les petites choses s’additionnent, et il se retrouve à essayer de sauver un mariage qu’il ne croyait pas en péril. La performance de Michelle Williams (qui lui a valu une nomination aux prochains Oscars) est aussi prodigieuse. Elle interprète avec un naturel frappant une jeune femme perturbée et lestée de regrets qu’elle ne veut pas s’avouer. L’authenticité de son jeu traduit bien le dégoût profond et destructeur que Cindy éprouve envers Dean après six ans de vie commune. Si l’interprétation des deux acteurs principaux est admirable, c’est en partie grâce aux dialogues qui sont d’une honnêteté et d’un réalisme parfois dérangeants. Le scénario est simple et pourtant d’une violence émotionnelle très grande.

En éliminant les dispositifs artificiels, Cianfrance ne travaille plus qu’avec la vérité des personnages. Ainsi, cette fiction happe parfois comme à la façon d’un documentaire, comme si une caméra cachée était venue filmer à son insu ce couple qui tente une dernière fois de sauver un mariage à la dérive. Le cadrage serré sur les gestes, les visages et les sentiments reflète l’enfermement que ressentent les personnages dans leur propre vie. Les gros plans quasi-asphyxiants, notamment dans les scènes à l’intérieur d’une chambre de motel dans laquelle ils tentent de faire revivre leur flamme de jeunesse, plongent le spectateur dans l’intimité des personnages, dans un espace exigu, au point qu’il se sentirait presque claustrophobe. Si la lumière est poétique et les images sont justes, les choix musicaux le sont aussi. La musique envoûtante de Grizzly Bear et les chansons interprétées par Ryan Gosling lui-même au ukulélé livrent avec modernité et subtilité tout le sentimentalisme nécessaire.

Blue Valentine est un film bouleversant dans lequel rarement l’idée, la sensation d’un «paradis perdu» aura été aussi forte. À voir absolument.

 
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