La convention enfin réédité
8 février 2011

La convention, suivi de Textes, l’œuvre majeure de Suzanne Lamy est rééditée aux Éditions Nota bene avec une préface de Monique LaRue. L’histoire est simple, presque trop banale: François et Soria sont séparés par la mort, l’homme emporté par un carcinome. Écrite dans un style épuré, presque classique, voilà de quoi est faite «La convention», première partie de l’œuvre de Suzanne Lamy. Un premier récit qui garde son lecteur en haleine par l’intensité et la sensibilité du ton employé, annonçant un recueil d’une grande beauté.

Divisé en plusieurs parties, «La convention» est raconté successivement par les trois protagonistes. Le docteur F. ouvre la voie, se rappelant la venue dans son cabinet d’un couple. La maladie, le lecteur ne la connaît pas encore; la particularité de ces amants non plus. Toutefois, l’ombre de la mort plane déjà au-dessus des personnages, dans le ton sobre du narrateur. Ce court passage fait office d’introduction au journal de Soria qui témoigne tout d’abord de la découverte de la maladie de celui qu’elle aime, puis de l’appréhension, de la colère, de la solitude et finalement de l’ultime séparation.

Au jour le jour, Soria se confie dans l’intimité des mots qui la rapprochent de François, des mots qui pourtant ne peuvent communiquer sa douleur: «Ce que je note correspond mal à ce qui a été. Je déforme, je triche, même si je tente de transcrire au mieux, d’entrer ce moment dans la répétition, contre le temps. Une façon de l’inventer en croyant le revivre.» Au milieu du journal, des lettres de François nous montrent l’envers de leur relation, ce qu’a été son amour à lui. Dans une pudeur extrême, Suzanne Lamy convoque ainsi trois voix marquées par différentes solitudes, des rapports uniques à la maladie et une incroyable tendresse, soulignant entre autres, l’importance du langage corporel et verbal dans toute relation amoureuse.

Le langage semble d’ailleurs être le fil conducteur de l’ouvrage entier puisque les récits regroupés dans la deuxième partie intitulée «Textes» explorent des rapports entre amants ou parents par le biais de leur appréhension des mots. Constitués de styles divers et de longueurs variées, ces courts textes conservent le ton sobre et épuré de «La convention». Entre prose poétique, récits et pièces de théâtre, Suzanne Lamy offre un voyage au cœur des rapports humains, définis par le corps, des paroles qui résonnent et d’irrémédiables silences. Suzanne Lamy joue toujours avec les voix narratives, alternativement masculines et féminines, des voix qui semblent se mélanger pour ne faire qu’une, indissociable du langage et de l’amour.

Avec La convention suivi de Textes, écrit sans compromis et dans une langue naturelle et élégante, Suzanne Lamy nous livre donc une magnifique exploration de la souffrance du corps malade et de l’esprit impuissant face à la solitude et à la mort.

 
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