L’insécurité
1 février 2011

J’arrive donc au moment fatidique, après des heures vaines –honteusement nombreuses et vides– d’écriture de débuts de chronique. Trop scolaire, trop froid, trop intime, et d’ailleurs de quel droit, quelle autorité ai-je, que sais-je, que propose-je? Se noue alors dans mon esprit cette conversation entre une irrésolution absurde (et qu’on qualifie souvent d’hi-la-ran-te) et un pragmatisme à peine plus rassurant.

–Je n’ai rien à dire.

–Évidemment, que tu ne vas rien dire de radicalement nouveau, mais tu sais, «Tout a été dit mais pas par moi», finalement, c’est pas con.

–Tout dépend de qui on est… En plus j’ai rien lu, rien vu, rien compris, et c’est de pire en pire. Il y a dix-sept ans que je me pose une seule vraie question, «pourquoi existe-je, moi plutôt que n’importe qui, qui n’est pas né?». Je sais bien que tant qu’à être là faudrait peut-être essayer quelque chose, tout de même. Pourtant, rien à faire, ça me paralyse. Je n’ai jamais eu même un vague embryon de réponse à mes questions, et plus le temps passe, plus je suis convaincue qu’il n’y a pas de réponse, ce qui entraîne une terrible crise de légitimité (pour un peu qu’on puisse me considérer détentrice d’un quelconque statut).

Les opposants s’entendent au final pour un compromis honorable, variante du classique «si t’es pas jolie, sois polie»: pauvre fille, tu n’as probablement rien d’intelligent à dire, tu peux au moins essayer de divertir. Que diantre! tu ne vas pas non plus envoyer un dessin, hein?

D’où la chronique d’humeur. Pas que ce soit plus facile, surtout pas. Seulement, la qualité est un tantinet plus subjective: on peut discuter les arguments et la structure, mais l’essentiel –le ton, l’anecdote est assez personnel pour qu’on y reconnaisse davantage un auteur qu’un propos. On dira donc plus aisément: «elle, a m’énârve» plutôt que «tout le monde savait déjà que…, pourquoi en parler?». Du moins, tel est mon espoir.

Le merveilleux monde de la communication
Nous sommes, sachez-le, dans la semaine de la prévention du suicide, et comme souvent, ce genre de thème appelle à la métaphore creuse et aux pires banalités. «Le suicide n’est pas une option», nous apprend le slogan, très mal choisi par l’association québécoise de la prévention du suicide (AQPS) –qui offre des conseils autrement plus avisés sur son site Internet, heureusement. Un peu comme si le mois de l’histoire des Noirs nous disait que dans le fond, le racisme envers les Noirs n’existe pas: «honni soit qui mal y pense», en somme. C’est vrai que quand on n’a plus d’autre choix que de se tourner vers le suicide, se faire répéter que le seul qu’on peut encore voir n’en est pas un, doit être d’un grand réconfort… J’aurais tendance à croire, comme l’expliquent les textes de l’AQPS, qu’une personne souffrant de détresse psychologique a surtout besoin de savoir qu’elle n’est pas seule.

La quantité de choses qui me dépassent, constamment, autant que ce slogan débile, explique probablement cette légère insécurité que je ressens à discuter d’un monde qui ne m’inspire que des froncements de sourcils.

Heureusement, il y a encore les livres et ça, les livres, ce n’est pas tout à fait la réalité.

 
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