Tombé sept fois, huit fois debout
18 novembre 2010
Le film de Xavier Molia dresse un portrait léger et lucide de la précarité en France.

CV, entretiens d’embauche, lettres de candidature: preuves de motivation ou objets de découragement? 8 Fois debout dresse le portrait d’Elsa, jeune trentenaire plongée dans une grande précarité. Elsa vit de petits boulots au noir, et sa seule famille est son fils de 10 ans dont elle a perdu la garde et qui vit chez son père. Elsa cherche désespérément un travail convenable et déclaré pour récupérer la garde de son fils mais enchaîne les entretiens ratées. Elle fait un jour la rencontre de Mathieu, son voisin de palier, lui aussi au chômage. Comme le proverbe le dit, tombé sept fois, huit fois debout.

UFO Distribution

Le premier long métrage de Xavier Molia est un joli exercice d’équilibre entre comédie et drame. Il dépeint, entre autres, l’hypocrisie des procédures d’embauche et la dure réalité du marché du travail qui se veut de plus en plus exigeant. Les dialogues entre Elsa et Mathieu sur la façon de valoriser son CV sont hilarants. «Le tir à l’arc, c’est bien ça, ça fait sportif et intelligent», s’exclame Elsa en commentant le CV de Mathieu.

On y voit aussi une satire de la pression sociétale qui nous pousse à faire des choix de carrière raisonnables et à poursuivre ses études jusqu’au bout sans laisser de place au doute, signe d’instabilité. On dispose de très peu d’informations sur Elsa, mais sa personnalité, tout comme celle de Mathieu, devient vite attachante. Elsa ne se plaint jamais et ne cherche pas à mentir sur sa situation, malgré la pitié de son ex-mari et le regard critique des employeurs.

Plutôt qu’un film politique, 8 fois debout est une fiction sur ces personnages bancals qui refusent de résumer leur identité à celle de leur travail. Xavier Molia élude toutes sortes de clichés sur la misère en montrant qu’il existe des situations de désarroi, même pour des personnes cultivées. L’impact des difficultés financières sur les relations avec autrui est mis en valeur. Elsa et Mathieu remettront constamment leur histoire amoureuse à plus tard puisqu’ils n’ont «pas la tête à ça». Elsa a honte de sa situation vis-à-vis de son fils, ce qui l’empêche de s’occuper de lui durant les fins de semaine. Le cercle vicieux de la précarité (pauvreté, dépression, manque d’estime de soi, chômage, pauvreté) est particulièrement bien dépeint.

Loin d’être un film social, 8 fois debout montre certains fléaux toujours présents en France, un pays qui reste marqué par la hiérarchie des classes. Sans être explicitement politique, le film réussit à valser entre une implicite critique sociale et une histoire d’amour, tout en abordant les difficultés de la monoparentalité. Le film prend fin sur l’importance de la solidarité et des relations humaines dans une société de plus en plus égoïste.

Le bémol du film est un problème récurrent dans le cinéma français: l’absence de minorités visibles à l’écran. Le seul «étranger» est un américain. De plus, Elsa, jolie blonde, n’a pas les marques  physiques de sa condition sociale. Le film manque donc de réalisme. Cependant, dans les entretiens, Xavier Molia explique que son objectif était de présenter une forme de marginalité dans laquelle beaucoup de personnes pourraient se reconnaitre. Dans ce sens, le film tient remarquablement bien.

 
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