Les coulisses de Barney’s Version
10 novembre 2010
L’impulsif et irrascible Barney Panofsky, héros du célèbre roman de Mordecaï Richler, est enfin porté à l’écran par Richard Lewis. Macha Grenon, qui interprète l’acteur d’un soap produit par Barney, a accordé une entrevue au Délit à cette occasion.

Séville Pictures

Barney (Paul Giamatti) se souvient des événements qui ont marqué sa vie, passée principalement entre Rome et Montréal. Dans cette confession, il évoque ses mariages avec des femmes magnifiques (Rachelle Lefevre, Minnie Driver et Rosamund Pike), sa grande affection pour son père, un policier à la retraite (Dustin Hoffman) et son meilleur ami, le charmant et destructeur Boogie, romancier à ses heures (Scott Speedman). Buveurs et provocateurs invétérés, Boogie et Barney vivent dans l’insouciance jusqu’au jour où une dispute les sépare accidentellement. Barney’s version explore cette jeunesse débridée, ces erreurs et coups de tête avant de se concentrer sur les relations amoureuses (et souvent houleuses) de Barney.

La vie colorée et mouvementée de Barney se déroule aussi dans les studios de Totally Unnecessary Productions où il produit, entre autres, O Malley and the north. Dans cette série, Solange (Macha Grenon), une mauvaise actrice, interprète le rôle d’une infirmière. Macha Grenon, que vous avez pu voir dans L’âge des ténèbres, Familia ou encore Si j’étais toi, interprète avec brio ce personnage secondaire qui ne sombre jamais dans le ridicule. Elle met l’accent sur la sensibilité de Solange, caractéristique qui l’a séduite dès la lecture du scénario: «Quand on choisit un rôle, c’est comme si physiquement, il y avait un élan, une pulsion. Dans le cas de Barney’s version, c’est d’abord le mélange d’intelligence, d’humour et d’humanité du personnage de Solange qui m’ont touché. Le livre contenait ces trois éléments et Michael Konyves, qui a fait l’adaptation, a vraiment réussi à garder le regard incisif que l’œuvre portait sur la nature humaine, un regard empreint d’humanité profonde, que Mordecaï Richler possédait dans sa plume. Dans le film, Solange est uniquement dans l’univers de la production mais dans le roman, elle est la grande amie de Barney et s’occupe notamment de lui quand il est malade. Solange possède un ego fragile, malgré son rapport si fort à la vie. Son ego reste du papier de riz face à sa situation et son corps qui n’est plus celui de la jeune et belle infirmière…»

La recherche physique du personnage

Alors que le temps passe, Solange, à la trentième saison de son soap, n’est plus une jeune première et doit faire face à son corps vieillissant. Macha Grenon offre, à travers cette actrice ultra maquillée et coiffée d’une perruque blonde, une réflexion sur le temps qui passe et sur le métier de comédienne: «Il y a une certaine pression à être jolie. Du coup, à l’inverse, être vieillie pour le rôle m’a permis une grande liberté de jeu. Si j’avais été moi-même prisonnière de mon image, je n’aurais pas pu jouer cette Solange, parce que l’on m’a maquillé, mis du latex, etc. Il me semble que plus on se libère des contraintes de notre image, plus on peut être créatif, et plus on peut mettre son corps, quel qu’il soit, au service de l’histoire.»

Pour interpréter cette femme si fragile, Macha Grenon a cherché diverses sources d’inspirations: «Il y avait deux univers à explorer pour mon rôle. Dans le premier, qui est d’être cette actrice de mauvais soap, ma préparation consistait à regarder des soaps. Pour incarner simplement la femme derrière l’actrice, j’ai dû faire une recherche plus physique du personnage. On avait peur au début que le maquillage et la coiffure de Solange, soient excessifs. Au cinéma, on est souvent, avec raison, intimidé par l’artifice, mais c’était fascinant de voir qu’en fait, en ville, il existe vraiment des gens si maquillés, si coiffés. Cette composition était donc un mélange de ces éléments. Et je dois dire que le plaisir était toujours prépondérant.»

Le train en marche

Évoquant le plaisir qu’elle a éprouvé à jouer avec Paul Giamatti, Macha Grenon s’attarde aussi sur les difficultés qu’ont pu lui poser son rôle: «Quand on interprète un personnage secondaire, il y a des ajustements à faire au niveau du rythme. Un tournage, c’est comme un train en marche. Il y a un rythme, un sens, un langage, un ton. Lorsqu’on est là tout le temps, on est dans le train. Mais quand on est là périodiquement, que l’on tourne une scène de temps en temps, sur plusieurs mois, sauter dans ce train n’est pas toujours évident. Il faut savoir être rapidement et complètement en symbiose avec l’ambiance, la direction. Il faut savoir partir, revenir. Je connaissais déjà plusieurs membres de l’équipe, ce qui m’a aidé. De plus, Paul Giamatti et Richard Lewis avaient une grande capacité à me ramener dans l’univers de la fiction.»

L’univers de Barney’s version est très éclaté, à l’image du tourwnage qui a eu lieu, entre autres, à Rome et Montréal. Ce qui ressort à l’écran est pourtant un réel travail d’équipe, comme le souligne l’actrice: «Ce projet pouvait avoir, à la base, par son casting, quelque chose d’intimidant. Pourtant, dans les faits, c’était une expérience extrêmement inclusive. Richard Lewis, qui est un vrai actor’s director, a crée un plateau où les gens communicaient réellement. C’est aussi en grande partie grâce à Paul Giamatti. Au-delà du fait qu’il est l’un des plus grands acteurs de sa génération, il est engagé à vouloir faire un bon film. Paul est un être humain extrêmement attachant et accessible, il aime les autres et a envie de rentrer en relation avec eux. Toujours très concentré, il offre pourtant un grand niveau de disponibilité d’expérience. Je n’ai tourné qu’une journée avec Dustin Hoffman mais c’était la même chose. J’étais donc toujours en présence de réels artistes qui aiment leur travail, cherchent à exceller et ont compris qu’ils ne peuvent pas être seuls, qu’ils ont besoin de l’équipe.» Cette symbiose entre les comédiens, les spectateurs de la première du film lors du Festival International du Film de Toronto l’avaient déjà remarqué, confie d’ailleurs Macha Grenon en souriant: «Au festival, lorsque nous avons été appelés sur scène après le film, les gens m’ont raconté qu’ils sentaient notre cohésion, ce fil conducteur qui nous avait guidé.»

Barney’s version sera à l’affiche à partir du 24 décembre.

 
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