Créolisation
10 novembre 2010

Dans ma dernière chronique, j’avais évoqué le mythe d’une intelligence supérieure associée au bilinguisme. Cette semaine, il s’agit de disséquer un problème très concret qui peut assaillir les bilingues. Peut-être une honte cachée de plusieurs d’entre nous… L’objet du mépris des pointilleux, et comme une mauvaise herbe, il semble se répandre.

Oui, je parle du baragouinage, ou si vous préférez, ce «franglais» tant redouté.

Sur le même vigile.net que nous avons cité auparavant, notre cher bloggeur au côté provocateur Bernard Desgagné affirme que, selon des sources fiables, les langues étrangères sont mieux apprises par les adolescents et les adultes. En effet, ils ont la discipline nécessaire pour les apprendre correctement et alors moins l’occasion de faire des mélanges, ayant déjà «correctement» appris leur langue maternelle. À l’inverse, les enfants qui parlent plusieurs langues très tôt auraient tendance à baragouiner…

De par mes expériences, je dois dire que l’argument est convaincant, car moi-même je lutte encore contre mes anglicismes (et même mes gallicismes) et cela malgré ou peut-être à cause de mes études littéraires en français et en anglais. La nature de mon orientation académique rend pénible ces erreurs malheureuses de langage.

Pourquoi cette peur du franglais et du baragouinage? Pour les séparatistes ou tout ceux au fort sentiment d’identité nationale, il s’agit bien sûr d’un symptôme de l’invasion anglophone du territoire de la langue française. En laissant de côté la politique, il s’agit tout simplement pour certains de conserver un certain standard langagier, notamment dans le domaine du travail. Libre à vous de speaker le French à la maison, mais surtout ne ramenez pas au bureau le franglais par lequel vous communiquez avec vos proches!

Avec un peu de recul, faut-il tant s’en inquiéter? Ne pourrait-on pas voir ce franglais comme l’évolution naturelle et créatrive inhérente à toute langue, plutôt qu’une dégénération? Après tout, n’oublions pas que les langues créoles se forment de la même manière, à partir de deux (au minimum) langues mères individuelles… Personne ne se récrie dans ces cas-là, car lorsqu’un créole devient assez répandu, de manière à englober une population et un territoire, il est alors une vraie langue de droit. D’une certaine manière, il me semble que le langage des jeunes québécois d’aujourd’hui ressemble de plus en plus à un langage, disons, «créolisé».

Toutefois, les institutions québécoises et leurs mesures importantes de conservation de la langue française tiennent à distance ce futur si terrifiant d’un baragouinage d’ampleur nationale. Alors relax, mes petits bilingues! Reprenez-vous au passage lorsque vous détectez vos fautes d’usage et continuez à regarder vos émissions favorites sur MTV. Pour ma part, je commencerai à m’inquiéter lorsque mes professeurs ne satureront plus mes papers du commentaire «awkward phrasing».

 
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