Coup de cœur: Hereafter
3 novembre 2010

Les films de Clint Eastwood, on les attend longtemps. On les imagine, on les invente, on regarde la bande annonce dix-huit fois et finalement, on n’est jamais déçu. Hereafter, son dernier long métrage, fait partie de ceux-là. Sans être le chef d’œuvre du réalisateur dont la réputation n’est plus à faire, il remplira sans aucun doute les espérances des inconditionnels de son cinéma comme de ses néophytes.

Warner Bros. Entertainment

Trois personnages expérimentent, de manière personnelle et intime, la mort. Marie (Cécile de France), une brillante journaliste parisienne, frôle la mort lors d’un tsunami. À Londres, Marcus (Frankie McLaren), jeune collégien, doit affronter la disparition de son frère jumeau, renversé par une voiture. À San Francisco, Georges (Matt Damon), ouvrier américain, semble avoir le don de communiquer avec les morts.

Ces trois personnages sont enfermés dans une grande solitude qui les pousse à se poser des questions sur la mort. Ce qu’ils perçoivent ou veulent croire de l’au-delà bouleverse leur vie et leur permet, d’une façon ou d’une autre, de briser leur propre isolement. Alors que rien ne présume qu’ils doivent un jour se rencontrer, leurs chemins se croisent dans un final d’une classique et touchante simplicité.

La réussite du film tient notamment à la qualité du jeu des acteurs qui ne laissent jamais la caméra (et le spectateur) juger les personnages. Grâce à un jeu toujours sobre et efficace, les comédiens offrent des protagonistes simples et transparents qui ne sombrent ni dans le ridicule, ni dans le fantasmatique, ce qui est pourtant si courant quand un film aborde la thématique de l’au-delà. Évitant les traditionnels clichés cinématographiques dont on nous bombarde lorsqu’on traite de la mort et de cet après mystérieux, Clint Eastwood se limite à quelques images efficaces qui ressemblent aux nombreux témoignages des gens qui sortent du coma (présence d’une lumière, sensation de légèreté et de paix).

Il n’apporte pas de réponse à la sempiternelle question «Qu’y a-t-il après la mort?», ce qui enrichit considérablement son film, qui gagne en sincérité. Eastwood réussit plutôt à capter, à travers ses personnages endeuillés et mélancoliques, le besoin de croire en l’existence d’un possible ailleurs, sans jamais affirmer sa réalité. Avec tendresse et tact, il filme des acteurs talentueux loin de tout larmoiement ou pathétisme excessif.

Ce qu’on aime dans cette histoire, c’est le temps que prend Eastwood pour faire entrer son public dans l’univers si différent de ses personnages. C’est aussi la rapide efficacité de la rencontre finale entre les protagonistes, sur laquelle le réalisateur ne s’attarde pas outre mesure, laissant le public rêver la suite. La touche onirique finale permet en effet au spectateur de quitter la salle de cinéma sur une impression positive, sans pour autant offrir un classique happy end.

Sensible et intelligent, Hereafter ne satisfera peut-être pas les amateurs de blockbusters ni de thrillers paranormaux en quête de questionnement mystique. Avec un rythme lent et intimiste, il saura plutôt conquérir les amateurs de drames intelligents et humains.

 
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