Les amours imaginaires
26 octobre 2010

Léger et audacieux, Les Amours imaginaires raconte un duel amoureux à coup de répliques mordantes. Marie (Monia Chokri) et Francis (Xavier Dolan) sont des amis de longue date. Psychorigide, elle est en quête d’amour, d’absolu et de vêtements vintage. Lui est vulnérable et timide. Elle est hétérosexuelle. Il est gay. Ils tombent tous les deux sous le charme de Nicolas (Niels Schneider), un séducteur inconséquent aux belles boucles blondes, une véritable figure d’ange. Cultivé mais superficiel, le jeune homme enferme Marie et Francis dans une bulle sentimentale dont ils ne sortiront pas sans larmes. L’incompréhension et l’amertume laisseront pourtant place à la toute fin du film à l’arrivée d’un nouveau séducteur, incarné par Louis Garrel. L’histoire se répètera-t-elle, alors que les personnages semblent être fascinés davantage par l’amour que par l’être aimé?

La grande force des Amours imaginaires, au-delà de ses qualités visuelles et des dialogues, c’est son ancrage dans un contexte montréalais ultra contemporain et pourtant universellement intemporel. Alors que les vêtements rétro des personnages rappellent franchement une certaine mode montréalaise actuelle, leur comportement et leur déception amoureuse les rattachent à d’autres époques et continents. L’histoire est éternelle, mais les témoignages qui entrecoupent le récit l’attachent fortement à notre réalité quotidienne, qu’elle soit québécoise ou non. Entre téléphone portable et Hotmail, les intervenants sont «entièrement 2010.

Côté technique, ce sont les couleurs flamboyantes et la sur-utilisation des slowmotions qui permettent à Dolan d’ancrer son histoire dans ce flou temporel, de dépasser le présent pour toucher à quelque chose d’éternel.

Les dialogues à double tranchant confirment cette richesse du film. Parfaitement ciselés, ils mettent en valeur l’humour acide et pince-sans-rire des personnages tout en s’inscrivant dans une réalité à la fois contemporaine et montréalaise: «C’est pas parce que c’est vintage que c’est beau». Ils débordent tout autant de justesse, rappelant les aspirations romantiques de chacun, malgré les jalousies, les disputes et les désaccords. «L’important c’est de se réveiller avec quelqu’un. C’est de dormir en cuillère. C’est ça l’important, la cuillère. C’est de savoir que s’il y a un méchant qui débarque, il y a quelqu’un. C’est une métaphore là, il n’y a jamais de méchant qui débarque mais…»

Ainsi, Les Amours imaginaires dégage une sensualité envoûtante liée à ces images colorées et aux nombreux ralentis, tous à l’image des émotions des personnages et des spectateurs. Fabulation visuelle entre différents personnages qui hallucinent l’Amour, le film reste toujours à la surface entre l’être et le paraître, entre l’amour et le fantasme dans une esthétique portée par une excellente bande sonore. La musique, omniprésente, devient en effet presque un personnage et berce les spectateurs dans cet univers qui tend vers l’onirisme à force de couleurs pop et d’amour rêvé.

Véritable hymne aux amours impossibles, imaginés et inévitablement déçus, le film de Dolan est porté avec charme et force par des comédiens hors pairs qui font rebondir chaque réplique avec un talent certain. C’est donc avec enchantement qu’on sort de la salle, et avec plaisir qu’on replongera dans Les Amours imaginaires.

 
Sur le même sujet: