À la recherche de Raoul
26 octobre 2010
Autour du thème de l’isolement, l’artiste multidisciplinaire français James Thierrée nous convie dans son univers empreint de magie et de mystère.

Qui d’autre que Raoul dans un doux délire pour converser sans mots avec un vieux gramophone, se verser du thé dans un verre sans fin et avoir des criquets de compagnie qui lui offrent une berceuse pour l’endormir? L’acteur, acrobate, mime et danseur James Thierrée a conçu un spectacle dans la lignée des imaginaires poétiques de Daniele Finzi Pasca, Nathalie Claude et Robert Lepage. Cet homme-orchestre, à la tête de la Compagnie du Hanneton, présente un amalgame convaincant d’arts de la scène centré autour du personnage solitaire de Raoul. Les échos des publics et critiques européens unanimement conquis nous l’avaient annoncé l’an dernier comme étant  un spectacle à ne pas manquer.

La scène offre tout d’abord au regard du public de grands voiles blancs défraîchis, rapiécés et suspendus à la va-vite. Rapidement, ils se déploient pour faire toute la place à Raoul et sa cabane chancelante. Les éléments qu’on y retrouve, tels qu’un rideau de velours rouge, un tonneau-coffre aux trésors et un fauteuil baroque élimé, confèrent à l’ensembre un charme suranné. C’est dans ce décor que le spectateur, au gré des scènes, tente d’appréhender l’insaisissable Raoul. Pourquoi se barricade-t-il? Qui donc est son ennemi? Sa réclusion est-elle volontaire ou forcée?

Les origines de la situation sont intentionnellement tenues secrètes. Le personnage, par ses mimiques, manèges et moues burlesques, oscille entre sensibilité raffinée et pulsions primitives. C’est un grognon qui se complaît dans sa propre solitude. C’est un insouciant qui a des manies de vieux garçon. Il est le captif de son propre émerveillement, à la fois marionnette et marionnettiste. Peu à peu, les forces de la maison-palissade qui l’abrite, avec laquelle il entretient une relation symbiotique, le quittent. Le monde extravagant mais candide de Raoul va-t-il complètement s’écrouler?

Des animaux surréalistes et étranges (un ptérosaure métallique, une crevette-luciole ou encore une élégante méduse) essaieront en vain d’apprivoiser l’indomptable et farouche humain. Visiteurs porteurs d’une grâce magnifique, ils marquent longtemps l’esprit du public. Les éclairages oniriques, dans des tons orangés et bleus, les jeux d’ombre et de lumière, ainsi que la musique, évoquant parfois l’ambiance des films de Wong Kar-Wai, teintent la pièce d’une nostalgie intemporelle. L’utilisation désuète de techniques artisanales de scénographie, comme les sacs de sable et les poulies, à l’opposé des hautes technologies couramment utilisées dans le monde du spectacle, contribuent à cet enchantement. Par ses multiples talents, James Thierrée épate et surprend, l’éblouissement ne faisant jamais relâche. Sa performance physique est solide du début à la fin.

Raoul est un gentil fou qui, ne sachant plus quoi faire de lui-même, tente de se libérer de sa propre personne. À lui de voir s’il préfère rester dans son cocon, aller jusqu’au bout de son introspection ou au contraire, détruire le confort de ses illusions et s’envoler vers d’autres horizons. La beauté du monde ne devrait-elle pas être partagée à plusieurs? C’est à un véritable conte de fées pour les grands un James Thiérrée vous convoque.

 
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